· Chapitre 5 : Partenariats


Défense de la dignité humaine

Ce chapitre insiste sur la nécessité des partenariats internationaux qui ne peuvent être fiables et durables que s'ils sont basés sur le fondement universel du respect de la dignité humaine


5.1. Tendance à la régression

5.1.1. Un désastre humain qui pouvait être évité

Aujourd’hui, il est intéressant de se rappeler l'histoire récente, et en particulier la crise économique prolongée qui a déstabilisé l’Europe dans les années 1920. Cette situation est incontestablement ce qui a alimenté le développement de mouvements populistes entre les mains de démagogues, tels que Mussolini, Hitler et Staline, et qui a conduit à l'effondrement de tout le continent.
À cette époque, la Belgique, la France, le Royaume-Uni, le Portugal et d'autres pays européens étaient déjà responsables d'atrocités et d'injustices contre les populations des territoires coloniaux qu’ils occupaient et pillaient. L’exploitation des colonies leur avait pourtant permis de mieux faire face à la crise économique mondiale.
L'Allemagne, qui devait s'acquitter de lourdes compensations après la Première Guerre mondiale et qui avait perdu ses territoires coloniaux d'Afrique, faisait face à des difficultés supplémentaires et était encore plus durement touchée par cette crise. C’est en particulier cette situation de désespoir qui a poussé un tiers des électeurs à élire démocratiquement un démagogue nationaliste aux discours simplistes et aux idéaux extrémistes. Une fois au pouvoir et sans projet économique qui tenait la route, un régime criminel s'est mis en place, et s’est finalement retourné contre ses citoyens avant de s'en prendre aux pays voisins. Il est utile de souligner que l'Allemagne était présentée comme l'un des pays les plus avancés au monde, et excellait dans la plupart des domaines au début du 20e siècle. Cela n'a pourtant pas permis au peuple allemand d'éviter de tomber dans une spirale qui a conduit aux pires désastres de l'histoire de l'humanité.
Cette catastrophe a eu un coût humain qui aurait pu être évité. En effet, une ébauche d'Union européenne était déjà discutée à cette époque, mais la plupart des pays européens s'en étaient détournés, trop préoccupés par l'exploitation de leurs colonies et leurs intérêts économiques nationaux à court terme.
Au lieu d’un investissement indispensable dans un partenariat international profitable à tous, l’histoire retiendra un drame humain.
À côté de ce désastre, des dettes financières ont été contractées, aussi bien par les pays envahis que par les pays envahisseurs, pour faire face à un conflit mondial dévastateur dont l'humanité est sortie perdante.

De nos jours, de nouveaux mouvements populistes aux discours teintés de haine se développent. Ils exploitent généralement les difficultés socio-économiques, les suppressions d’emplois causées par des innovations technologiques et par des délocalisations vers des pays à faibles coûts de production, et les flux migratoires illégaux en provenance de zones de guerres et de dictatures (souvent soutenues par quelques individus irresponsables présents dans les gouvernements et les services de sécurité de pays démocratiques). Il semble indispensable de s’adresser aux causes de ces situations et de développer des solutions positives pour y répondre.


5.1.2. Un "deux poids, deux mesures" qui alimente le terrorisme international

Pendant plus de deux mille ans, la plus grande partie du continent européen a été déchirée par des guerres. Ces conflits profitaient rarement aux populations civiles parfois entrainées dans des bains de sang. Ils servaient surtout les intérêts et l’idéologie de quelques illuminés et privilégiés.
Entre tribus, villages, villes, régions, pays, groupes de pays… tous ces conflits ont ravagé cette partie du monde depuis que les premiers êtres humains s'y sont installés. Une paix durable n'a commencé à prendre forme qu'avec la Convention européenne des droits de l'homme signée à Rome en 1950. Il a donc fallu deux conflits mondiaux dévastateurs pour qu'il devienne évident qu’un développement durable dans la paix ne pouvait être possible que par la défense de la dignité humaine et par le lancement d’initiatives socio-économiques communes. C'est dans ce cadre qu'un projet de partenariat européen est né et s'est développé. Cette période caractérisée par un développement exceptionnel représente la plus longue période de paix sur cette partie du continent, après plus de deux millénaires de conflits. Cette initiative historiquement courageuse et ambitieuse rassemblait, autour d’objectifs de paix et de prospérité, des individus qui venaient tout juste de sortir de la plus horrible guerre. Ces populations se méfiaient les unes des autres plus que jamais auparavant au vu des millions de victimes et des atrocités commises à une échelle sans précédent. Cette situation ne les a pourtant pas empêchées de s’unir pour soutenir la cause commune et indispensable à tous que représente le respect des droits fondamentaux.

Ce projet de paix et de développement s'est progressivement étendu sur le continent et est devenu l’Union européenne. Il a aussi permis de faire face aux anciennes dictatures du sud et de l’est de l'Europe. Cependant, un paradoxe choquant a perduré et représente l'une des causes des difficultés économiques, sécuritaires et sociétales d'aujourd’hui. D’un côté, ce partenariat n'a pas lésiné sur les moyens économiques et diplomatiques pour pousser les dictatures du continent à s'effacer, et à faire place à des régimes démocratiques. Mais d'un autre côté, plusieurs pays de cette union pacifiste, comme la Belgique, la France et le Royaume-Uni, ont continué à commettre des crimes dans leurs territoires coloniaux aujourd’hui perdus, et ils continuent à soutenir de manière injustifiable des autocraties instables dans le voisinage du continent. Ces régimes despotiques et les intérêts de leurs élites de malfaiteurs ont détruit le potentiel de développement social et économique de leurs populations terrorisées, désespérées et appauvries par des décennies de crimes.

Pour la France par exemple, ce soutien à des régimes autoritaires concerne le système d'armement de dictateurs et de corruption internationale connu sous le nom de "françafrique" ou "france-à-fric". Ce système a commencé à être mis en place dans les années 1950, au début de la période de pseudo-décolonisation. Il devait permettre de conserver certains intérêts économiques dans les territoires africains dont la France, affaiblie par les deux Guerres mondiales, venait d'être expulsée suite aux révoltes anticoloniales. Ces révoltes répondaient aux massacres commis par les troupes coloniales françaises au cours des 19e et 20e siècles, à une exploitation des populations locales, et au pillage des ressources naturelles. À ces trois points s'est ajouté le refus d'honorer l'engagement d'accorder l'indépendance aux territoires coloniaux qui s'étaient pourtant mobilisés pour combattre le nazisme en Europe et libérer la France de l'occupation allemande.
Concernant ce système de soutien à des criminels, il est utile de préciser qu'il a été entretenu par les autorités françaises de gouvernements précédents, et que les autorités actuelles n'en sont pas à l'origine, mais qu'elles ont cependant la responsabilité d'y faire face. Avec les changements sociétaux et technologiques en cours, la nécessité de mettre fin à un système qui ne profite qu'à quelques malfaiteurs est d'autant plus grande que celui-ci menace de s'effondrer à tout moment, sous le poids de décennies d'atrocités et de corruption à grande échelle. Ces dernières années, ce système a même commencé à se retourner contre les citoyens de pays qui l'ont cautionné, par leur action ou par leur silence complice. Les principales difficultés sécuritaires actuellement rencontrées en Europe sont des conséquences de cette situation. De plus en plus de voix se font entendre pour pousser à y mettre un terme, et à développer un partenariat positif au bénéfice des populations concernées.
Après s'être autoproclamée pays des droits de l'homme il y a deux siècles et s’être lancée dans des expéditions militaires dévastatrices sur tous les continents, en commençant par les invasions napoléoniennes en Europe, la France a aujourd'hui la possibilité de tourner la page et de défendre à travers le monde l'esprit de la Révolution de 1789.

Le "deux-poids, deux-mesures" face à des régimes autoritaires qui s'en prennent à leurs citoyens a deux conséquences néfastes qui touchent le continent européen aujourd’hui.
La première conséquence est que le système de torture, de corruption et d'appauvrissement que ces dictatures entretiennent aux portes de l'Europe a créé des conditions de misère et d'injustice omniprésentes. Cette situation de détresse est incontestablement le terreau du terrorisme international qui nous affaiblit aujourd’hui.
La deuxième conséquence est la perte d'opportunités d'investissement qui auraient pu permettre de soutenir l’économie au cours des crises passées, et qui pourraient soutenir une nouvelle relance.

Défendre la dignité humaine et promouvoir le développement socio-économique à travers le monde devient une priorité pour pouvoir faire face aux difficultés actuelles. Cela passe en particulier par :
1. la défense sans condition des droits humains ;
2. la mise en place d'une véritable collaboration judiciaire internationale pour poursuivre les meurtriers, tortionnaires et harceleurs qui entretiennent des dictatures terroristes sans foi ni loi, et ainsi mettre fin à leurs crimes ;
3. la lutte contre la corruption à grande échelle, qui n'est pas une conséquence de l’instabilité présente dans certaines régions mais qui semble plutôt être l’une de ses principales causes ;
4. le soutien à la souveraineté alimentaire, afin que les terres agricoles soient utilisées avant tout pour répondre aux besoins alimentaires régionaux ;
5. la promotion de projets éducatifs et culturels internationaux pour encourager le respect mutuel et la collaboration dans des domaines essentiels pour l’avenir ;
6. le renforcement des partenariats économiques pour un développement partagé, et ainsi durable.




5.2. Tendance au progrès - possibles pistes de réflexion

5.2.1. Le développement de partenariats internationaux positifs et constructifs

L'Union européenne est en pleine réforme pour répondre à la nécessité de développer des liens sociaux et économiques encore plus étendus entre ses citoyens, et ses pays membres. Cela passe par de nouvelles initiatives qui encouragent les partenariats transfrontaliers publics et privés, la mobilité à court et long terme, et plus de transparence dans les décisions prises.

Différentes initiatives sont actuellement discutées. Elles incluent certaines des idées et propositions suivantes.

1. Bruxelles est la capitale officielle de l'Union européenne. Ce statut lui a notamment été attribué pour son rôle central dans le développement de partenariats transfrontaliers (tels le Benelux et la Communauté européenne du charbon et de l’acier), ainsi que pour son caractère multiculturel d'origine. En tant que capitale, la métropole internationale accueille certains centres de décision de l'Union européenne comme le Parlement européen et la Commission européenne.
Un manque d’écoute a été mis en évidence par les négociations opaques et les décisions récentes prises contre l’avis général de la population en ce qui concerne l’autorisation du glyphosate dans le domaine agricole, la directive sur le secret des affaires qui menace la liberté de la presse, ainsi que l’extension de l’accord douanier avec le Canada (CETA) qui inclut une cour d’arbitrage controversée et qui est entrée en application provisoire avant même d’être approuvée par les parlements nationaux.
Une amélioration de la structure des responsabilités, du fonctionnement et de la communication des institutions européennes semble nécessaire afin d’offrir plus de transparence sur leurs activités et de permettre à leurs représentants d’être plus présents ; aussi bien au sein des institutions qu’auprès de la population qu’ils représentent.
De même, des efforts de simplification semblent nécessaires au niveau organisationnel. Certaines sessions mensuelles du Parlement européen actuellement tenues dans une autre ville, pour des raisons qui ne sont plus à l'ordre du jour, pourraient par exemple être limitées à deux sessions annuelles accompagnées de conférences ouvertes au public afin de traiter des projets en cours de négociations et d’impliquer davantage les électeurs. Ceci permettrait aux représentants d'éviter des déplacements mensuels inutiles et coûteux, de se concentrer sur leurs activités, et d’être plus accessibles.
À côté d’améliorations structurelles, procédurales et administratives, les représentants de ces institutions devraient être encouragés à prendre part à la vie active de la population via des projets socio-éducatifs concrets, ou via diverses activités dans des lieux ouverts au public. Les centres sportifs et récréatifs qui leur sont actuellement réservés les éloignent avant tout de ceux dont ils doivent défendre les intérêts. La grande majorité des Bruxellois n’a en effet que très rarement l'occasion de les rencontrer et de partager leurs avis. Ne parlons pas des citoyens de l'Union européenne qui vivent dans d'autres villes ou pays. Un travail de visibilité et d'ouverture semble primordial pour construire des consensus sur les enjeux actuels.

2. Strasbourg est la ville hôte de la Cour européenne des droits de l’homme, et a été témoin des nombreux conflits et invasions entre pays voisins qui ont conduit au développement de l'Union européenne. Le rôle de témoin des pires atrocités en Europe centrale et les atouts de la ville donnent à Strasbourg un statut privilégié pour promouvoir la paix, la défense de la dignité humaine et la transmission des savoirs, aussi bien en Europe que dans le reste du monde. À l’ère de la connaissance et de la mondialisation, un centre européen pour la défense des droits fondamentaux et la promotion du savoir de l'humanité devient incontournable. Ce projet pourrait être bâti autour d'une "ville universitaire européenne" partiellement gérée et financée par l'Union européenne. Ce serait un lieu de rencontre international, où tout citoyen de l’Union européenne aurait des facilités pour prendre part à des formations et à des séminaires professionnels dans différentes langues.

3. L’enseignement et la formation continue sont les éléments-clés d’une adaptation réussie face à des changements socio-économiques difficilement prévisibles, et à la construction d’un avenir durable.
Dans ce sens, des initiatives seraient lancées afin de concevoir des plateformes unifiées d’apprentissage en ligne qui offriraient aussi bien des cursus complets que des séances interactives avec des experts internationaux, dans différents domaines, et accessibles dans plusieurs langues.
Un tronc commun facultatif dans l’enseignement primaire, secondaire et universitaire pourrait aussi être proposé. Le matériel didactique (livres électroniques, présentations, e-learnings, etc.) serait accessible aux établissements d’enseignement, et progressivement rendu disponible dans les langues nationales et régionales des États membres.
Les centres de formation locaux pour le développement personnel et professionnel seraient renforcés pour proposer des cours, des ateliers, et des séances d’information afin de permettre aux citoyens d’acquérir de nouvelles connaissances et compétences dans des domaines très divers (des techniques de culture "hors-sol" à la programmation informatique).

4. La libre circulation des personnes est un point essentiel de la construction européenne. La disparité de revenus sur le continent et les régions fragilisées par la crise financière de 2008 ont mis en évidence la nécessité d’accompagner les mouvements de migration d’ampleur inattendue au sein de l’Union européenne. Cet accompagnement pourrait par exemple prendre la forme d’un soutien économique et organisationnel accru. D’une part, pour améliorer l’intégration sociale et professionnelle dans les régions de destination et, d’autre part, pour limiter les départs dont le motif est principalement économique.

5. Les crises récentes ont accentué le besoin de se réinvestir dans un projet européen historique afin de défendre un intérêt commun évident, et de soutenir les villes et régions qui en ont temporairement le plus besoin. Une mutualisation d’emprunts serait envisagée afin de renforcer les projets de recherche et de développement à l’échelle du continent, et d’encourager les initiatives socio-économiques durables à une échelle locale.

6. Des mécanismes efficaces semblent indispensables pour que le Droit international et les avis de l’Organisation des Nations Unies soient respectés par tous les États membres, notamment pour éviter de créer des situations désastreuses aux portes de l’Europe telles que celles engendrées à la suite :
- de guerres dites préventives aux conséquences chaotiques, dont celles en Afghanistan et en Irak ;
- de l’armement irresponsable de régimes autoritaires et de milices, comme cela a été le cas ces dernières années avec les livraisons d’armes à des civils sans formation ni encadrement, effectuées par les services de sécurité français et britanniques, en Libye et en Syrie.

7. La création d’un partenariat international plus étendu et fondé sur des valeurs humaines partagées afin de rapprocher durablement des pays non membres. Ce projet servirait de plateforme pour le lancement d’initiatives qui visent à défendre le respect de la dignité humaine à travers le monde, et les projets socio-économiques qui encouragent la compréhension des différences culturelles et les échanges économiques à une plus grande échelle internationale.




5.2.2. Des changements et des opportunités d’ordre mondial

Voici quatre points qui soulignent la nécessité de se réinventer positivement et de renforcer les partenariats internationaux constructifs.

5.2.2.1. Défense de la dignité humaine

  1. En Belgique
La défense des différents aspects de la dignité humaine semble constituer une priorité absolue.
C'est le cas chez nous, face aux mesures de sécurité disproportionnées récemment prises dans la précipitation, qui incluent des formes de harcèlement et l'utilisation croissante de civils pour la surveillance de la population. Ce contexte nous pousse à réagir pour nous éloigner d'une situation qui se rapproche dangereusement de celle des anciens États policiers instables d'Europe de l'Est, qui ont fini par s'effondrer sous le poids de leurs incohérences. À cela s'ajoute la multiplication de négligences et de fautes graves commises par quelques membres des services de sécurité, qui abusent des facilités offertes par les nouvelles technologies. Ceux-ci pourraient parfois se sentir dépassés au point de se permettre, de façon injustifiable, de contourner les Conventions internationales des droits humains, la Constitution et d'autres lois nationales, alors que leur devoir est d'en défendre l'application. Leurs agissements sembleraient même être encouragés par le silence complice de collègues, ainsi que par des dictatures présentes aux portes de l’Europe et qui cherchent à exploiter le contexte sécuritaire actuel. Cette situation demande de faire face aux lacunes accumulées par le passé, en particulier en ce qui concerne le recrutement, la formation, la communication et l'encadrement des services de sécurité.


  1. Dans le monde
La défense de la dignité humaine inclut aussi le reste du monde, dont on est de plus en plus dépendant. Beaucoup répètent à tort qu'on n'aurait aucune responsabilité envers le reste du monde et qu'on pourrait même s'en passer. On réalise à quel point cela est faux et à quel point le niveau de dépendance est élevé quand on prend conscience que les matières premières et les composants des objets qui nous entourent viennent principalement d'Afrique et d’Asie, que la plupart des vêtements que nous portons viennent d'Asie, et que les plus grandes entreprises font quotidiennement appel à un nombre important d'experts étrangers en informatique et en finance, encore une fois issus d'Asie, cela pour des activités sensibles. Si la majorité de ces biens et services sont offerts à moindre coût, ce n'est pas parce que les travailleurs concernés sont prêts à accepter des salaires de misère et des conditions parfois extrêmement difficiles, sous des régimes autoritaires et mal dirigés, afin de nous offrir un peu plus de facilité. Non, c'est plutôt à cause d’un manque d'exigences de la part des clients finaux.
Le fait qu’une partie importante des consommateurs n’accordent que peu d’intérêt aux travailleurs exploités, qui produisent leurs vêtements, leurs équipements électroniques et leurs autres biens, encourage les entreprises à quitter les pays développés pour se réinstaller dans des régions où les droits humains sont négligés, voire inexistants. Cette tendance s’accélère. Il est important de réaliser que cette situation dégrade de plus en plus notre qualité de vie avec, par exemple, la pression croissante sur les entreprises, les destructions d'emplois, les nouvelles mesures d'austérité, etc. Il semble surtout utile de prendre conscience que nous pouvons renverser cette tendance en nous y intéressant un peu plus. Des initiatives comme l'ajout d'un simple indicateur de couleur sur l'étiquette des vêtements pourraient encourager une consommation, et donc une production, plus responsables en permettant de savoir si ces biens et leurs matières premières proviennent de lieux où les droits les plus élémentaires des travailleurs sont respectés. Il pourrait en être de même pour les séjours à l’étranger, afin d’éviter de soutenir des dictatures ; concernant le souhait d’apporter du soutien aux populations des pays concernés, quelques dizaines d’euros versés à des associations reconnues pour leurs engagements locaux sont certainement plus utiles que des milliers d’euros dépensés dans l’industrie touristique, généralement dominée par des élites corrompues qui entretiennent leur régime oppressif.
En ce qui concerne la plupart des produits provenant de régions à faible coût de production, on a parfois du mal à réaliser que, le plus souvent, le prix de ces produits dépend principalement des charges indirectes liées aux intermédiaires, à la complexité des commandes en gros et au stockage, aux délais de livraison, aux problèmes de communication, de qualité et de retard, aux démarches administratives internationales, au transport intercontinental, à la gestion des retours... Contrairement à ce que certaines personnes pourraient penser, une nette amélioration des conditions de production n'aurait pas d'impact majeur sur le prix d'achat, alors que l'impact serait, quant à lui, significatif sur la qualité de vie des travailleurs et sur les futures décisions d’investissement. En Belgique, les étiquettes contenant des appels à l'aide retrouvées par des clients sur certains vêtements, en provenance de pays à faible coût de production, rappellent qu'on devrait prêter plus d'attention à l'origine des biens et services fournis, et encourager l’application de normes éthiques plus élevées à travers nos comportements de consommation.

De façon plus générale en ce qui concerne le reste du monde, les ressources financières, les technologies et les compétences sont aujourd'hui disponibles pour "progressivement" mettre en place des solutions afin d'affirmer sur le terrain la nécessité de défendre la dignité humaine. Des efforts supplémentaires pourraient être fournis pour répondre aux besoins alimentaires, sanitaires et de formation là où ils sont le plus critiques. Ces efforts permettraient aussi de libérer le potentiel de développement des régions concernées et d'offrir de nouvelles opportunités de projets socio-économiques internationaux.



5.2.2.2. Environnement

  1. Une consommation d’eau plus responsable
Les changements climatiques actuels, quelle qu'en soit la principale cause, requièrent de nouveaux investissements, ainsi que des adaptations de nos habitudes, en particulier dans nos modes de consommation. Certaines formes de consommation deviennent, en effet, intenables. On peut citer les risques croissants de pénurie d'eau pour en prendre conscience. Qui aurait cru, il y a une décennie, que des pays où il pleuvait tout au long de l'année (tout le temps, disent certains) devraient faire face à des risques de pénurie d'eau courante, comme ce fut le cas en Belgique et en Suède, en été, ces dernières années ? Il est certain que les réserves d'eau sont plus que suffisantes et qu'elles sont régulièrement alimentées. Cependant, des adaptations d’infrastructures existantes et de nos besoins en eau deviennent primordiales. Le placement d’un embout au robinet ou d’un pommeau de douche économique, par exemple, permettrait de réduire la consommation d’eau de plus de moitié dans la plupart des cas, et sans perte d’efficacité ni de confort.
[69] Site de loisirs "Postivr.fr", Cet embout pour robinet veut nous faire économiser 98% d'eau !
https://positivr.fr/robinet-economie-98-eau-invention-altered/  (texte, en français)


  1. Une production alimentaire durable
Il semble aussi nécessaire de revoir des aspects de la chaine alimentaire pour répondre à la demande croissante et aux problèmes actuels qui sont liés :
- aux exploitations agricoles intensives et à la monoculture qui détruisent la biodiversité ;
- à l'utilisation généralisée de pesticides chimiques qui finissent dans nos aliments, polluent les nappes phréatiques, et menacent la faune et la flore, menace à laquelle il faut rajouter, par exemple, la diminution inquiétante du nombre d'abeilles, essentielles à la pollinisation ;
- à la pollution causée par les milliers de kilomètres que la majorité des fruits et légumes parcourent avant d'arriver dans les points de vente ;
- au gaspillage alimentaire ;
- au suremballage de produits ;
- aux multiples intermédiaires et à certains comportements de consommation qui exercent une pression croissante sur les prix, ce qui pousse de nombreuses entreprises à mettre la clé sous la porte, ou à s’aligner sur les pratiques les moins éthiques et à dégrader la qualité de leur production ;
- à l’importante consommation de viande qui nécessite des exploitations industrielles, est à l’origine d’une des principales sources de pollution, et requiert l’accaparement de la plupart des terres agricoles ; sans parler du respect du bien-être animal et de la question "morale" liée à l’élevage d’animaux pour leur chair.
[70] Site d’information "Viande.info", L'impact de la viande sur les humains, les animaux et l'environnement
https://www.viande.info  (texte, en français)
[71] Thibaud Giraud, FAQ des animaux, Argument frappant #9 - Ep.1 (suite)
https://youtu.be/fbpfMHKccMo  (vidéo, durée 17:46, en français)

On peut encourager et, éventuellement, s'investir dans les initiatives qui visent à promouvoir les solutions complémentaires et les alternatives telles que :
- la promotion des exploitations agricoles qui tiennent compte du besoin de protéger l’environnement, tout en améliorant la transparence et le contrôle des labels écologiques et équitables ;
- la polyculture, qui se base sur la culture de plusieurs espèces de plantes sur une même parcelle pour soutenir la biodiversité et ses bienfaits, renforcer le système immunitaire des cultures, réduire voire supprimer l’utilisation de pesticides chimiques, et accroitre les rendements ;
- l'hydroponie et la bioponie, des cultures "hors-sol", qui permettent de réduire les nuisances causées par les insectes, les maladies et la saleté, de diminuer drastiquement les besoins en eau, d’améliorer la qualité des récoltes, et d’offrir une croissance plus rapide et contrôlée tout au long de l’année ;
- l'agriculture urbaine, qui encourage les exploitations agricoles de différentes tailles en pleine ville, sur des toits et dans des lieux publics par exemple, qui rapproche les exploitations des consommateurs et accroit l'autonomie alimentaire des centres urbains ;
- les points de vente de proximité, qui mettent en avant les projets agricoles régionaux et les produits écologiques, et qui favorisent les initiatives socio-économiques locales ;
- l'adoption d'un régime végétarien quelques jours par semaine pour réduire la consommation de viande.


  1. Une amélioration de la qualité de l’air
Ensuite, en ce qui concerne la pollution de l'air, la réduction des émissions de dioxyde de carbone fait partie des priorités pour la décennie à venir. L'accroissement de la production d'énergie propre et les alternatives aux combustibles polluants ont déjà permis de nets progrès à petite échelle dans plusieurs régions du monde. La fabrication de voitures électriques légères et plus abordables permettra aussi des améliorations significatives dans les années qui viennent.
[72] Chaine YouTube "Polymaker", La première voiture produite en masse en utilisant l’impression en trois dimensions
 https://youtu.be/g4XAy9FIrvk  (vidéo, durée 3:11, en anglais)
[73] Site commercial "Better.bike",
Un e-vélo entièrement équipé pour un futur durable
http://www.better.bike/  (vidéo, durée 2 :53, en anglais)
Parallèlement au développement technologique, il semble utile de changer quelques comportements de consommation, comme l’utilisation de véhicules privés lorsqu’on peut s’en passer. Notre société s’est habituée à ce mode de transport sans vraiment en mesurer les conséquences néfastes, en particulier pour la qualité de l'air, la santé publique, et l'environnement. Pour citer une aberration dont on est témoin au quotidien, il y a le fait que les voitures en "heure de pointe" ne transportent généralement qu'un seul passager, bloqué dans les embouteillages et aux feux de circulation la plupart du temps. Cela implique le déplacement d'une charge d'une tonne pour une seule et unique personne… le conducteur. Cette option est parfois indispensable, mais dans de nombreux cas elle représente un confort très coûteux pour la société. Ce constat devrait encourager à améliorer et à promouvoir davantage les alternatives comme les transports publics, les modes de déplacement non polluants tels que le vélo, ou encore le covoiturage (ne serait-ce qu'une fois par semaine pour certains, quand cela est possible).


5.2.2.3. Modernisation des espaces ruraux et urbains

  1. Un exode rural qui n’a plus lieu d’être
Dans la plupart des pays développés, l’exode rural s’est accéléré à la suite de la révolution industrielle du 18e siècle. Il a été encouragé par la qualité de vie supérieure et l’abondance d’emplois dans les agglomérations urbaines. Ce phénomène a continuellement accentué la pression sur ces agglomérations. Toutes sortes de difficultés s’y sont concentrées, parmi lesquelles la pauvreté, l’inactivité professionnelle, les problèmes sécuritaires, la pollution de l’air, la congestion du trafic automobile, l’augmentation du prix des logements, la destruction d’espaces verts… Des solutions sont mises en place pour faire face aux défis que cette situation pose, et leur efficacité serait d’autant plus importante si la démographie urbaine cessait d’augmenter de manière incontrôlable.
Dans le contexte actuel, la valorisation et l’aménagement de nouveaux espaces en dehors des localités à forte densité de population apporteraient une bulle d’air aux centres urbains sous pression. Ils leur permettraient de gérer plus efficacement les projets d’urbanisation durable et les effets de la transition sociétale en cours. De tels efforts amélioreraient la qualité de vie des citoyens, aussi bien en milieu rural qu’urbain.
Les récentes innovations technologiques ont permis de combler le fossé qui existait entre campagne et ville en termes d’accessibilité et de confort. La construction de routes, le développement des transports publics, l’extension des réseaux de distribution d’eau, d’électricité et de moyens de télécommunication, et les nouveaux modes de travail (tels que le télétravail depuis son domicile ou depuis des bureaux locaux partagés entre entreprises) font qu’il n’est plus nécessaire de s’installer en ville pour trouver un emploi, faire ses courses, suivre un cursus scolaire ou une formation, avoir accès aux nouveautés technologiques, se rendre dans des lieux de loisirs, etc.




  1. Une revalorisation des espaces ruraux

Il semblerait opportun d’intensifier les efforts qui visent à revitaliser les espaces ruraux. Dans ce sens, des initiatives seraient lancées afin d’encourager les projets immobiliers, publics et privés, en dehors des grandes villes. La politique de développement rural mise en place par l’Union européenne pourrait être étendue à l’aide d’un programme fédéral d’aménagement d’espaces à faible densité de population, à proximité des axes routiers nationaux et régionaux. Cela inclurait des éléments tels que :
- des incitants financiers pour la construction de logements passifs et de villages écologiques, autonomes en eau et en électricité ;
- le renforcement des organismes responsables de la délivrance de permis d’urbanisme, et du contrôle de l’application des normes de construction ;
- l’extension de l’offre de transport public (trains, trams, bus, minibus, voitures et vélos électriques partagés…) afin d’assurer à tout citoyen un accès aisé aux centres urbains régionaux, aux établissements de soins de santé, aux lieux d’apprentissage et aux centres de loisirs ;
- le développement de nouvelles infrastructures publiques (routes, écoles, cliniques…), là où elles seraient insuffisantes ;
- des séances d’information, des e-learnings, et des conseils personnalisés, éventuellement en ligne, afin d’apporter des clarifications en ce qui concerne les espaces disponibles, les normes en vigueur, et les possibilités de financement ;
- des campagnes de sensibilisation pour mettre en avant les avantages (des habitations plus spacieuses, abordables et au calme, une meilleure qualité de l’air…).
[74] Institution "Parlement européen", Second pilier de la Politique Agricole Commune : la politique de développement rural
http://www.europarl.europa.eu/atyourservice/fr/displayFtu.html?ftuId=FTU_3.2.6.html  (texte, en français)
[75] Peter Calthorpe, 7 principes pour construire de meilleures villes
https://www.ted.com/talks/peter_calthorpe_7_principles_for_building_better_cities  (vidéo, durée 14:20, en anglais avec sous-titres en français)

[76] Antonio Da Cunha, Nouvelle écologie urbaine et urbanisme durable. De l’impératif écologique à la qualité urbaine, BSGLg
https://popups.uliege.be/0770-7576/index.php?id=4116  (texte, en français)


5.2.2.4. Réponse organisée aux nouveaux besoins technologiques

Avant d’entamer ce point, il est important de souligner que toute innovation présente de nouvelles possibilités, mais aussi de nouveaux dangers. Pour prendre un exemple général, citons le feu qui permet de se chauffer, de s’éclairer et de cuisiner, mais qui peut aussi être à l’origine de brûlures et d’incendies en cas de négligence.
De même, certaines technologies comportent des avantages insignifiants par rapport aux menaces qu’elles représentent. Elles devraient donc être abandonnées au profit d’alternatives plus sûres. C’est le cas de la fission nucléaire, comme nous le rappellent les faits marquants suivants :
- la perte de contrôle de la centrale nucléaire de Tchernobyl en Ukraine le 26 avril 1986 lors d’un test de sûreté, et de celles de Fukushima au Japon le 11 mars 2011 à la suite d’une catastrophe naturelle. Ces désastres majeurs sont à l’origine de la contamination radioactive des zones environnantes, et de nuages toxiques qui ont parcouru le monde ;
- le prolongement de l’utilisation de centrales nucléaires vétustes afin de rentabiliser le plus longtemps possible les investissements astronomiques de départ, et de postposer des coûts de démantèlement qui ont largement été sous-estimés ;
- les naufrages de sous-marins nucléaires causés par diverses avaries, tel celui qui a eu lieu en mer de Barents le 12 août 2000 ;
- le stockage géologique des déchets radioactifs à vie longue, qui risque de polluer des nappes phréatiques et de remonter à la surface au cours des milliers d’années à venir, en cas de fissure dans les installations prévues ou de tremblement de terre.
Quant à l’utilisation abusive de technologie, elle peut être une source d’embarras. Mentionnons l’installation insensée de dispositifs de télécommunication sans fil (Wifi, Bluetooth…) sur toutes sortes d’appareils du quotidien, elle les expose aux dangers d’Internet, nécessite de régulièrement mettre à jour leur logiciel pour corriger des failles de sécurité, et constitue une pollution électromagnétique croissante. Cette tendance devient par ailleurs de plus en plus absurde. En effet, à quelques exceptions près, qui trouverait utile d’allumer un grille-pain ou un lave-linge depuis un smartphone ? Ou encore, d’en recevoir des notifications sur son lieu de travail ? Cette situation souligne le besoin de se questionner sur la pertinence des "innovations" en fonction du contexte et de peser les risques avant toute adoption.




  1. La sécurisation de la transmission d’information

De nos jours, des partenariats internationaux fiables, dans le respect des droits fondamentaux, semblent indispensables afin de répondre au mieux à la transition technologique en cours. Celle-ci est accompagnée de changements sans précédent qui causent des difficultés et qui offrent des opportunités d’amélioration.
Citons les bases des technologies de transmission de données qu'on utilise au quotidien, et qui ont été définies il y a plusieurs décennies, dans un environnement numérique primitif. Elles comprennent le réseau international Internet, la messagerie électronique et les appels téléphoniques sans fil. À l’origine, leurs fondements ont été simplifiés à l'extrême pour permettre un développement exponentiel et une adoption rapide. Cependant, l'environnement numérique de ce début de 21e siècle, d'une complexité qui ne pouvait pas être prévisible, nécessite de faire appel à de nouvelles bases technologiques. Cela devient indispensable pour répondre aux besoins actuels et à des difficultés telles que :
- les sites Internet publics régulièrement ciblés par des attaques ;
- les spams qui inondent les boites de messagerie électronique ;
- le démarchage téléphonique non sollicité ;
- les applications installées sur les ordinateurs, les smartphones et les smartwatches et qui peuvent collecter en permanence des informations privées (déplacements, messages, photos, conversations, activation du micro et de la caméra…) à des fins commerciales et sans aucun contrôle de la part des utilisateurs ;
- la collecte en temps réel d’informations sensibles d’organisations et de particuliers présents dans des pays démocratiques, par de misérables dictatures instables qui exploitent les lacunes existantes, et tentent de manipuler le contexte sécuritaire actuel pour masquer leurs méfaits ;
- l’utilisation abusive de nouvelles technologies pour des pratiques de surveillance invasive et de harcèlement par certains membres, malintentionnés ou négligents, présents dans les services de sécurité ;
- le manque de protection en ce qui concerne la communication, le stockage et l’utilisation de données confidentielles.
[77] Aleks Krotoski, The Gardian, The Power of Privacy
https://youtu.be/KGX-c5BJNFk  (vidéo, durée 28:45, en anglais avec sous-titres en anglais)
Des solutions sont en cours d’élaboration. Elles incluent, par exemple, celles basées sur la Blockchain, une technologie utilisée pour le stockage et la transmission d'informations de façon décentralisée et cryptée, afin de développer des réseaux de télécommunication plus sûrs. Plusieurs de ces innovations sont encouragées par des partenariats internationaux, mais ceux-ci semblent encore trop timides. Un plus grand soutien des pouvoirs publics, sur les plans humain et financier, semble pourtant essentiel pour pouvoir répondre aux besoins présents, ainsi que pour prendre en compte les inquiétudes liées au développement d’innovations. Elles concernent tout particulièrement la mise en place de mécanismes de protection fiables pour le respect de la vie privée, de la liberté d'expression, de la liberté de la presse, et des autres droits fondamentaux dans un environnement qui fait l'objet d'une surveillance inquiétante, comme Edward Snowden et Tim Berners-Lee (l’un des principaux fondateurs d’Internet) l’ont mis en évidence :
[78] Edward Snowden, Voici comment reprendre le contrôle d’Internet
https://www.ted.com/talks/edward_snowden_here_s_how_we_take_back_the_internet  (vidéo, durée 34:59, en anglais avec sous-titres en français)
Sur le plan purement technique, il semble aussi utile :
- d’élaborer des normes de sécurité et d’interopérabilité pour assurer la fiabilité des nouvelles technologies, tels les réseaux de télécommunication basés sur la Blockchain. Des certifications internationalement reconnues permettraient de garantir la conformité des applications, dans l’intérêt des développeurs et des utilisateurs de leurs applications à travers le monde. Des librairies de codes réutilisables (appelées Application Programming Interface) et des services applicatifs en ligne seraient aussi rendus accessibles gratuitement pour encourager l’adoption de ces innovations ;
- de définir et de promouvoir un modèle commun pour structurer les informations afin de faciliter la communication entre équipements électroniques sécurisés. Il inclurait par exemple une classification des
"entités" pour lesquelles des informations sont le plus souvent partagées (un message, un produit, une transaction, etc.), une structure de données de base en fonction de l’entité ainsi qu’une extension flexible. L'ensemble serait accompagné d’un outil de traduction afin de rendre les données échangées compréhensibles pour tout non-initié, et d’offrir plus de transparence en cas de besoin.
Le programme international "ISA²", conduit par l’Union européenne, s’inscrit dans cette démarche.
[79] Institution "Commission européenne", ISA² Solutions d’interopérabilité pour l’administration publique, les entreprises et les citoyens
https://ec.europa.eu/isa2/isa2_en  (texte, en anglais)



  1. Une forme primitive d’intelligence artificielle
L’intelligence artificielle est le résultat d’une technique de programmation informatique récente qui permet de concevoir des applications capables :
- d’acquérir des connaissances ;
- de redévelopper leurs fonctionnalités de manière autonome ;
- dans certains cas, de prendre des décisions dans le monde réel sans aucune intervention humaine.
Depuis plusieurs années, une forme primitive d'intelligence artificielle appelée Machine Learning s’immisce dans notre quotidien et peut influencer, dans une certaine mesure, nos comportements et nos décisions. Elle est actuellement utilisée de façon irresponsable dans des domaines sensibles tels que :
- la sécurité nationale, avec la surveillance des communications électroniques, ainsi que la reconnaissance faciale et l’analyse de comportements dans certains lieux publics ;
- la finance, avec l’automatisation de transferts financiers internationaux et de décisions d’investissements qui peuvent influencer les cours de bourse et la stabilité d’entreprises ;
- les équipements militaires, avec les drones et les prototypes d’automates létaux déployés en zones de conflit ;
- le marketing agressif et les réseaux sociaux numériques, avec la collecte subtile de données à caractère privé (telles que nos activités en ligne, nos sujets de discussions, notre humeur, nos déplacements…) via les applications installées sur des équipements électroniques comme les smartphones. Ces informations permettent de suivre l’évolution des comportements et des préférences. Elles sont le plus souvent revendues à des entreprises, et sont notamment exploitées pour proposer de manière ciblée des publicités et du contenu sponsorisé en ligne.
La complexité de leurs algorithmes imparfaits s'ajoute à une capacité de manipulation des émotions, comme l'ont démontré des recherches conduites sur Facebook en janvier 2012.
Les résultats de ces recherches ont été publiés par la revue scientifique nord-américaine "Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America"  :
[80] Revue scientifique "Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America", Preuve expérimentale de contagion émotionnelle à grande échelle à travers les réseaux sociaux
http://www.pnas.org/content/111/24/8788  (texte, en anglais)
Les séances de sensibilisation données par le conférencier Tristan Harris, ancien employé d'une des plus importantes sociétés d'informatique, permettent de réaliser à quel point les nouvelles technologies, telles que les réseaux sociaux numériques, peuvent être intrusives voire manipulatrices, ce qui devrait nous encourager à y prêter plus d’attention et à prendre des précautions :
[81] Tristan Harris, Comment une poignée de compagnies technologiques contrôle des milliards d'esprits tous les jours
https://www.ted.com/talks/tristan_harris_the_manipulative_tricks_tech_companies_use_to_capture_your_attention  (vidéo, durée 17:01, en anglais avec sous-titres en français)
Une utilisation de ces technologies pour la promotion de produits et de services indirectement liés à des problèmes de santé comme la dépression, ou dans le cadre de campagnes politiques démagogiques, donne une idée assez claire de la nécessité de s’y intéresser. D'autant plus que ces algorithmes deviennent difficiles à comprendre et à contrôler.
Parmi les conséquences néfastes de ces dernières années, citons le relais instantané à grande échelle de campagnes de désinformation qui ont promu de dangereux projets politiques irréalistes outre-Manche et outre-Atlantique :
[82] Alexander Nix, La puissance du Big data et de la psychographie
https://youtu.be/n8Dd5aVXLCc  (vidéo, durée 11:00, en anglais avec sous-titres en anglais)
[83] Molly Schweinckert, Cambridge Analitica explique comment la campagne de Trump a fonctionné
https://youtu.be/bB2BJjMNXpA  (vidéo, durée 40:02, en anglais avec sous-titres en anglais)

Le développement de l’intelligence artificielle semble devenir aussi risqué que celui de l’énergie nucléaire au cours du 20e siècle. Des partenariats internationaux deviennent donc nécessaires :
- pour en limiter le champ d'application, en excluant par exemple son exploitation pour des activités sensibles comme la sécurité et le marketing, et dans des domaines intellectuels où elle ne semble pas indispensable ;
- pour définir et faire respecter des normes de sécurité de base afin de mieux encadrer son utilisation ;
- pour développer des projets positifs communs dans ce domaine critique pour l'humanité tout entière.

Avant de continuer, il est important de souligner que, lorsqu’une entreprise à but lucratif ne demande pas aux utilisateurs de ses logiciels de "passer par la caisse", c’est qu’ils ne sont pas ses clients… mais ses promoteurs ou ses produits. C’est le cas pour la plupart des sites Internet, des applications, et des jeux "gratuits", qui abusent de la confiance de leurs consommateurs pour collecter des informations personnelles, ces données étant ensuite offertes à des tiers sans aucun suivi.
En ce qui concerne les géants de l'Internet et des réseaux sociaux numériques, tels Google et Facebook, leurs responsables et de nombreux employés ont fait part à plusieurs reprises de leur volonté d'utiliser leurs talents non plus pour encourager un consumérisme autodestructeur, mais plutôt pour participer au développement d'une société durable. Cependant, la pression de leurs utilisateurs qui exigent des services de qualité disponibles gratuitement, et celle de leurs actionnaires qui veulent tirer profit de leur investissement poussent ces multinationales aux pratiques les plus irresponsables, comme l’extraction et la vente aveugle de données confidentielles à des fins publicitaires. C’est leur modèle d’affaires, basé sur des intérêts privés complexes, qui semble être le principal obstacle à une utilisation plus saine des technologies dont elles disposent. Aussi, ces dernières années, les plaintes qui visaient à réguler ces mastodontes se sont soldées par des amendes négligeables et à la suite de longs procès coûteux pour le contribuable.
Vu leur impact sur la société contemporaine et les possibilités qu'offre leur potentiel (dans le domaine non marchand, l'enseignement, la formation continue, la communication, la santé, les projets socio-économiques locaux…), une participation plus active du secteur public à leur financement, et d’organismes non gouvernementaux reconnus, indépendants et transparents, à leur gestion, pourrait permettre de changer la donne, et de soutenir les efforts qui visent à améliorer notre modèle sociétal basé sur le respect des droits humains et de l'
État de droit démocratique.

Les avancées en robotique représentent une autre source d’inquiétudes et d’opportunités. Les premiers robots humanoïdes capables de réaliser de façon autonome la plupart des tâches physiques et intellectuelles qu’un être humain effectue au quotidien pourraient apparaitre au cours de la décennie à venir. Cela pousse à une remise en question concernant le développement et l’utilisation de technologies disruptives qui risquent de prendre le contrôle des sociétés humaines. Cette réflexion porterait en particulier sur leur place dans la société, leur degré d’autonomie, et les activités qui devraient ou ne devraient jamais leur être assignées.
La multiplication de bavures militaires causées par des drones quasi autonomes en Asie centrale et au Moyen-Orient est un signe alarmant qui accentue le besoin d’agir. Qui plus est, les drones et autres automates létaux pourraient être détournés ou déréglés à cause d’inévitables défauts de conception, et s’en prendre aux troupes militaires et aux populations civiles des pays qui les ont produits ou qui les exploitent. Il en est de même pour les logiciels de surveillance intrusive de la population qui sont actuellement utilisés pour analyser le quotidien des citoyens et, dans certains cas, à des fins de manipulation de comportements et de harcèlement.
Des Conventions internationales semblent aujourd’hui indispensables pour faire face aux risques sans précédent que représente le développement de robots tueurs et de logiciels de surveillance à haut risque, ainsi que pour assurer la non-prolifération de ce genre de technologies.
[84] Site d’information "Motherboard.com", À la veille des robots tueurs
https://youtu.be/5qBjFZV19p0  (vidéo, durée 28:39, en anglais avec sous-titres en français)
[85] Chaine YouTube "Coldfusion TV", La prochaine génération de robots - Boston Dynamics, Asimo, Da Vinci, SoFi
https://youtu.be/8vIT2da6N_o  (vidéo, durée 12:18, en anglais avec sous-titres en anglais)
Il est utile d’insister sur le fait qu’aucun programme informatique sans vulnérabilité ne semble avoir été conçu. Des mises à jour sont d’ailleurs régulièrement proposées pour corriger des failles de sécurité et des erreurs de programmation présentes dans les logiciels, y compris ceux installés sur des milliards d’équipements à travers le monde (ordinateurs, smartphones, voitures, avions, etc.).
Les innovations en cours d’élaboration dans les centres de recherches militaires et civils ne seront certainement pas parfaites, il semble donc nécessaire d’imposer la prudence vu le danger qu’elles représentent pour l’humanité. De plus, des phénomènes naturels imprévisibles, tels que les vents de particules d’énergie en provenance de l’espace, peuvent aussi dérégler les dispositifs électroniques. Cela s’est par exemple produit le 13 mars 1989, dans la province canadienne du Québec, lorsqu’une brève éruption solaire a causé une coupure de courant généralisée pendant plusieurs heures.


  1. Les impacts socio-économiques
À côté de ces aspects sécuritaires des nouveautés technologiques, il faudrait aussi s'intéresser à leurs impacts socio-économiques, en particulier sur le marché de l’emploi. L'automatisation aveugle d'activités manuelles et intellectuelles tend à présent à s’accélérer dans tous les domaines professionnels, de l'agriculture à la finance et à l’ingénierie (sans parler de la rédaction de poèmes et de la composition musicale). Au cours des deux décennies à venir, la tendance actuelle pourrait menacer des milliards de postes dans le monde. De nouvelles professions plus exigeantes en termes de qualification apparaitront, mais elles ne permettront pas forcément de remplacer celles détruites et elles seraient elles-mêmes menacées quelques années plus tard au rythme actuel.
Quelle serait l'utilité de produire, de façon irréfléchie, cent fois plus et plus rapidement dans tous les domaines, si cela conduisait à supprimer massivement des emplois, à réduire le nombre de consommateurs, et à créer des difficultés sociétales ?
Étant donné la grande incidence de l'automatisation sur le marché du travail, cette option ne devrait plus être privilégiée pour accroitre la productivité et les profits à très court terme. En plus de ces deux points, il semble incontournable de prendre en compte le bien-être de la population et la préservation des écosystèmes naturels en privilégiant le développement de solutions semi-autonomes durables, aussi bien sur le plan social qu'environnemental.
L’automatisation de chaines de production a par ailleurs montré ses limites. En effet, elle ne semble pas pouvoir faire face à l’accumulation de problèmes techniques ou à des changements imprévisibles. Plusieurs expériences infructueuses d’automatisation quasi complète de chaine de production ont souligné le fait que l’être humain possède une capacité unique à appréhender des situations complexes et à reprendre le contrôle en cas d’événements inattendus, contrairement aux automates. Plusieurs entreprises dans l’industrie automobile ont d’ailleurs dû désautomatiser des activités de production, et recruter à nouveau des travailleurs afin de faire face à des maladies de jeunesse, de garder une marge de flexibilité en cas d’imprévu, et d’accroitre leur capacité d’adaptation.

De manière générale, il est essentiel de garder à l’esprit que, malgré toutes les découvertes faites à ce jour, l’être humain reste ce qu’il y a de plus complexe et impressionnant dans l’univers. Il est en effet capable :
- de revenir à un mode de vie primitif en cas de désastre prolongé ;
- de s’adapter biologiquement à son environnement, avec par exemple, la production de neurones et de connexions neuronales afin de faciliter l’acquisition de nouvelles connaissances en fonction des activités quotidiennes, ou encore la synthèse de mélanine en cas d’exposition prolongée aux rayons nocifs du soleil pour offrir une meilleure protection à la peau ;
- de se développer intellectuellement, de comprendre son environnement, sa nature et son histoire, et de se lancer de nouveaux défis ambitieux tels que la découverte de continents, de planètes et de systèmes solaires.
Au cours de la période de transition que l’humanité traverse, les nouvelles technologies ne devraient plus systématiquement se substituer aux travailleurs dans tous les domaines. En ce qui concerne les innovations, les investissements actuels devraient être progressivement repensés, voire réorientés, afin de concevoir des solutions durables qui facilitent les tâches physiques ou intellectuelles les plus pénibles ou à risque, tout en permettant de garder en permanence un contrôle "humain" sur la situation, indépendamment du contexte.
À cette approche s'ajouteraient aussi des efforts accrus afin :
1. d’encourager la population, en particulier les nouvelles générations, à se former dans des domaines essentiels comme les sciences sociales, les cultures "hors-sol", les énergies propres, l’informatique, l’aérospatial, etc. ;
2. de créer ou de renforcer les partenariats mondiaux dans les domaines qui marqueront l'avenir.


5.2.3. Un soutien accru à l’entrepreneuriat social

Parallèlement aux partenariats internationaux conclus par les autorités publiques, il semble aussi nécessaire de soutenir les citoyens et entrepreneurs humanistes et créatifs prêts à relever de nouveaux défis, qui se présentent dans tous les domaines et à toutes les échelles.
Il est en particulier utile de renforcer et de promouvoir les associations qui encouragent les initiatives qui vont dans ce sens. L'association internationale à but non lucratif "Ashoka" s'inscrit par exemple dans cette démarche en soutenant "l'entrepreneuriat social" et présente ses champs d’action de la manière suivante :
« L'entrepreneuriat social : le cœur de métier d'Ashoka depuis plus de 35 ans est d’identifier, soutenir et faire grandir des entrepreneurs sociaux qui apportent des solutions à grande échelle aux enjeux sociaux et environnementaux contemporains.
De nouvelles alliances au service de l’intérêt général : face à la complexité des enjeux de société actuels, aucun acteur ne peut agir seul. Ashoka vise à démultiplier l’impact des innovations sociales en favorisant les collaborations hybrides entre les entrepreneurs sociaux, le monde du business et le secteur public, encourageant ainsi l'émergence des modèles économiques de demain.
L’apprentissage de compétences d’acteurs de changement : transformer l'expérience éducative pour que chaque enfant puisse développer des qualités d'acteur de changement (collaboration, prise d'initiative, empathie...)
Une jeunesse en action : créer l'environnement nécessaire pour permettre aux jeunes de mettre leurs compétences au service d'actions porteuses de changement »
[86] Association "Ashoka", Notre vision : Tous acteurs du changement
https://www.ashoka.org/fr/qui-sommes-nous  (texte, en français)

L’entrepreneuriat social fait partie des leviers disponibles pour répondre aux difficultés sociétales rencontrées. Le cours d’introduction suivant permet d’en saisir les principes à l’aide d’exemples concrets :
[87] Thierry Sibieude, ESSEC, Cours d'introduction à l'Entrepreneuriat Social
https://youtu.be/9ZEe5CE9jFM  (vidéo, durée 46:00, en français)

Les difficultés et les opportunités apportées par la transition sociétale en cours sont nombreuses comme mentionné dans cet ouvrage. Elles nécessitent de concevoir de nouvelles approches positives afin de mettre en place les fondements sociaux, économiques et technologiques d’un modèle sociétal durable.
[88] Bernard Sanders, The Cambridge Union, Séance de questions-réponses à la Cambridge Union
https://youtu.be/mZ6CJuHPFOE  (vidéo, durée 1:09:32, en anglais avec sous-titres en anglais)

De nos jours, de plus en plus d’experts en nouvelles technologies et de futurologues soulignent la nécessité de se réinventer positivement. Frank Diana insiste par exemple sur le fait qu’au lieu d’essayer de prédire le futur inutilement, il serait plus utile de commencer à le façonner dans l'intérêt de tous :
[89] Frank Diana, Réimaginer le futur
https://open.sap.com/courses/tcs1-tl  (vidéo, durée 1:47, en anglais)




5.2.4. En résumé

Il est important plus que jamais de garder à l'esprit que seuls les investissements dans la défense de la dignité humaine et dans la création de partenariats internationaux positifs sont en mesure de créer les conditions d'un développement socio-économique dans la paix. Ensuite, de tels investissements permettent aussi de limiter les risques de désastres humains comme il en a existé à de trop nombreuses reprises.

Les évacuations liées aux opérations de désamorçage d'ogives des deux Guerres mondiales qui ont régulièrement lieu depuis une centaine d'années dans plusieurs pays de l'Union européenne sont des rappels clairs de cette nécessité absolue de s'investir dans la défense des droits humains et les projets sous-jacents. Cela semble indispensable de nos jours afin de faire face aux difficultés passagères et de se renforcer mutuellement pour le meilleur.

Aujourd’hui, la priorité est de retrouver le courage et l'ambition de la Convention européenne des droits de l'homme signée à Rome en 1950. Après plus de deux mille ans de conflits dans le nord-ouest du continent européen, cet accord a finalement permis à une ère de paix durable et de prospérité de s'installer dans la région.
[90] Institution "Cour européenne des droits de l’homme", Convention européenne des droits de l’homme
https://www.echr.coe.int/Documents/Convention_FRA.pdf  (convention, en français)


5.3. Questions pour poursuivre la réflexion

5.3.1. Quelles initiatives internationales permettraient de récupérer les armes fournies à des régimes instables et à des milices, et d’étendre les partenariats socio-économiques dans les régions concernées ?

5.3.2. Quels structures ou programmes existants pourraient être revalorisés afin de faciliter le développement de projets internationaux qui s’adressent directement à la population, dans des domaines clés tels que l’éducation, la culture et l’économie durable ?


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