· Chapitre 3 : Société


Absence de dialogue et tensions communautaires

Ce chapitre met en lumière des idées reçues qui alimentent les tensions communautaires en Belgique et dans d'autres régions du monde


3.1. Tendance à la régression

3.1.1. L'absence de compréhension mutuelle et les tensions communautaires croissantes

En voyageant à l'étranger, j'ai pu constater que les tensions communautaires que nous connaissons en Belgique ne sont pas exceptionnelles, contrairement à ce que beaucoup de personnes pensent.
Dans la plupart des cas, les solutions qui peuvent permettre de dépasser ces situations passent en particulier par :
1. La (re)connaissance des fautes commises par le passé.
2. Un dialogue constructif.
3. La mise en place de projets positifs communs.

Dans plusieurs pays, j'ai été surpris de découvrir des situations de tensions régionales semblables à celles rencontrées en Belgique. Cette surprise a d'abord fait place à une certaine déception. Ce n'est qu'en réalisant que leurs causes étaient parfois similaires, que cette déception s'est transformée en une forme d’optimisme qui m'a poussé à m’intéresser à leur contexte. Il est étonnant de voir que des dizaines de régions à travers le monde font face à des difficultés semblables. Celles-ci peuvent même être poussées à l'extrême en l'absence de développement démocratique et économique. Comme exemples notoires encore d’actualité, citons la Catalogne, le Québec, le Rif et l'Irlande du Nord.

En discutant il y a quelque temps avec un Espagnol catalan pro-indépendance, j'ai reçu une réponse claire à la question essentielle suivante : S'il n'y avait pas de différences linguistiques en Catalogne, quel succès auraient les positions fermes pro-indépendance ? Elles sont caractérisées par de longues années de protestation tout à fait compréhensibles, mais elles ne reposent que sur des promesses et des discours réducteurs sans véritable solution face aux difficultés actuelles. La réponse était bien sûr que sans différence linguistique locale, ou dans une situation de respect et de promotion linguistique mutuelle dans les autres régions du pays, les discours pour l’indépendance de cette région bilingue n'auraient pas le poids qu'ils ont aujourd'hui.
À côté de cela, les blessures du passé représentent aussi une source de tension significative. Elles datent de la période franquiste et ont touché toute la population espagnole, indépendamment des affiliations idéologiques, des régions et des communautés linguistiques. Elles restent cependant ignorées par le pouvoir central qui, à tort, a mis de côté ce sujet pendant la transition démocratique du pays. La reconnaissance, ne serait-ce que symbolique, des crimes commis durant cette période aiderait pourtant à guérir ces blessures et à tourner la page.
Des projets de promotion culturelle et de compréhension mutuelle pourraient permettre de dépasser ces tensions régionales. La population épargnerait ainsi une énergie, un temps et des moyens précieux pour se concentrer sur les vraies préoccupations qui concernent bien sûr la valorisation du patrimoine culturel régional, mais aussi et surtout l'amélioration du système de santé, de l'enseignement, de la formation, de la création d’emplois, des pensions, etc. Tout cela semble indispensable de nos jours, dans un monde encore fragilisé par la crise financière mondiale de 2008, afin de répondre à des changements d'une ampleur sans précédent connu.

Dans la région canadienne du Québec, les tensions communautaires entre certains francophones et anglophones représentent un autre exemple de blessures du passé. Elles s'enveniment encore aujourd'hui à cause d'un manque d'efforts réciproques pour plus de compréhension mutuelle.
Ces tensions remontent au 18ème siècle, lorsque le Royaume-Uni prit militairement le contrôle de cette région du nord-est du continent américain alors occupée par la France. Le nouveau pouvoir, anglophone et protestant, chercha à assimiler les colons français, principalement francophones et catholiques, en mettant en place un climat d'humiliation et de discrimination. Les postes importants dans l'administration publique et les entreprises privées étaient par exemple réservés aux anglophones et aux protestants.
Ce n'est que dans les années 1960, deux siècles plus tard, que les francophones, majoritaires dans la région du Québec, parvinrent finalement à faire respecter leurs droits et à mettre fin à une longue période d'injustice. Cependant, les stigmates du passé ont été utilisés par certains francophones pour justifier la mise en place d'un nouveau climat de discrimination, envers les anglophones cette fois. Cette situation est parfois vue comme une revanche envers les nouvelles générations d'anglophones qui ne sont pas responsables des fautes du passé et ne les cautionnent pas (mais qui ont toutefois le devoir de s'y intéresser).
Les discours haineux, encouragés par des minorités extrémistes des deux côtés, et le climat de discrimination anti-anglophones, ont poussé de nombreux habitants et des entreprises privées à quitter la région du Québec. Ces départs ont porté préjudice au développement local. Ils ont notamment conduit à ce que la capitale provinciale soit rétrogradée à la seconde place des grandes villes nationales. Cela a également accentué des difficultés existantes, comme la dégradation continue des finances publiques et la vétusté d'infrastructures, telles que les routes, les ponts et les réseaux de distribution d'eau, malmenées par de rudes hivers. Aujourd'hui, les discriminations sur base linguistique représentent encore une source de tensions, et poussent un nombre important de jeunes anglophones à s’en aller.
Les contraintes en matière de connaissance du français qui sont imposées aux étudiants et experts internationaux posent aussi des difficultés aux entreprises, aux universités et aux centres de recherches. Ces personnes sont en effet déjà très convoitées et elles ne parlent généralement pas le français. De façon générale, cette situation pose des barrières supplémentaires dont la société québécoise se passerait bien, en particulier dans un monde globalisé de plus en plus concurrentiel.
Il serait intéressant de préciser que les premières langues connues dans cette région n'étaient ni le français ni l'anglais, mais les langues amérindiennes et inuites des populations présentes bien avant la période coloniale européenne et qui ont longtemps été rejetées, aussi bien par les descendants de colons francophones qu’anglophones. Il est aussi important de noter que le nom du pays, Canada, et celui de plusieurs villes et provinces, notamment le Québec, l’Ontario et le Manitoba, proviennent de langues d’origine "nord-américaine".
À cela, on peut ajouter que la plupart des premiers colons venus de France, aux 16e et 17e siècles, avaient un très faible niveau d'instruction et parlaient généralement les variantes issues du latin de leur région d'origine, des langues régionales différentes du français.
Face à la pression croissante de la mondialisation, la défense de la diversité linguistique partout dans le monde fait partie des priorités pour la préservation et la promotion du patrimoine immatériel de l'humanité. C'est par exemple le cas en Amérique du Nord, où une communauté d'une dizaine de millions de francophones est entourée par plus de trois cents millions d'anglophones. Cependant, cela ne devrait pas être fait de façon contre-productive en passant par des lois restrictives qui découragent l'utilisation d'autres langues dans l'espace public et qui attisent les tensions. Cela devrait plutôt passer par une adaptation des cours de langues et par des projets communs entre groupes linguistiques afin d’encourager l'apprentissage et l'utilisation des langues régionales. Ces projets permettraient par exemple plus de possibilités d'interaction au travers d'activités culturelles ou sportives. Les générations actuelles ont hérité de ces blessures du passé et elles ont la responsabilité de chercher à mieux en comprendre les causes et les conséquences, de développer des solutions pour les dépasser, et de ne pas transmettre ce fardeau aux générations suivantes.

Pour en revenir à la Belgique, comme beaucoup de personnes j'ai pris conscience de l’importance des tensions communautaires lors de la crise politique de 2010. Pour ma part, c'est surtout en 2012 que j'ai pu en réaliser l'absurdité ainsi qu'une partie de son coût humain et économique. Arcelor Mittal avait alors annoncé la fermeture d'une unité de production en Wallonie, une région majoritairement francophone.
Je me rappelle avoir été surpris par des collègues néerlandophones qui partageaient des commentaires basés sur les clichés régionaux.
Après quelques mois, c'était Ford Genk qui annonçait la fermeture de son usine située en Flandre, une région majoritairement néerlandophone. Des milliers de personnes allaient perdre leur emploi dans les alentours du site tout d'abord, mais aussi dans le reste du pays. Ma surprise a été encore plus grande lorsque j'entendis la réaction de collègues francophones, une sorte de revanche étrange.
Quelque temps plus tard, Arcelor Mittal annonçait de nouvelles suppressions d'emplois en Wallonie...
Les stéréotypes qui circulent ne cherchent en général pas à blesser. Rares sont les monstres qui apprécient de voir d'autres personnes souffrir parce qu'elles ont des caractéristiques linguistiques ou culturelles différentes. Cependant certains commentaires, blagues et sourires malsains auxquels on s’est parfois habitué peuvent être glaçants et écœurants si l’on prend juste quelques centimètres de recul.

Aujourd’hui, la vraie source de malentendus et de difficultés ne concerne pas les caractéristiques locales. Ce qui en est à l'origine, ce sont les fautes du passé, l'absence de dialogue, et le manque de compréhension mutuelle, qui viennent s'ajouter à la complexité de la transition sociétale en cours.


3.1.2. Le développement de mouvements populistes en période de transition sociétale

Les périodes de transition sociétale font suite à des contextes ou à des innovations qui remettent en question les modèles d’organisation socio-économiques. Au cours de ces périodes, de nouvelles approches positives doivent être développées pour répondre à des situations difficilement prévisibles. L’absence ou l’inadéquation des réponses face aux changements peuvent avoir pour conséquence une décélération économique, un appauvrissement d’une partie de la population, et une accentuation de difficultés existantes. Le tout se traduit par un accroissement du mécontentement populaire qui est récupéré par toutes sortes de mouvements populistes, de gauche comme de droite. Ces mouvements attirent l’attention des citoyens les plus lésés à l’aide de discours réducteurs rejetant la faute sur "les autres" groupes linguistiques, religieux, philosophiques ou politiques. Ils proposent ensuite des solutions simplistes qui, en réalité, ne feraient qu’aggraver les choses.
C’est le cas chez nous, avec les mouvements d’extrême droite anti-Belgique et anti-francophones. Ceux-ci promettent par exemple que l’indépendance de la région néerlandophone permettrait de mieux répondre à certaines difficultés qui la touchent, alors qu’il semble évident que cela conduirait à l’inverse. En effet, une indépendance régionale serait à l’origine de nouvelles tensions entre voisins qui aggraveraient les difficultés économiques et qui décourageraient les investissements, sans parler de l’instabilité causée par des sous-régions qui demanderaient à leur tour leur indépendance pour des raisons budgétaires ou linguistiques. En somme, les conséquences détérioreraient les conditions socio-économiques sur le plan régional, sans pour autant répondre aux préoccupations qui concernent principalement l’amélioration de la qualité de vie, le renforcement des services publics, et la promotion du patrimoine linguistique local.
Des contextes similaires sont présents dans plusieurs pays développés à travers le monde. Ils sont entre autres causés par les importantes destructions d’emplois qui ont lieu depuis une soixantaine d’années. Ces destructions font suite au phénomène de désindustrialisation, caractérisé par des innovations technologiques qui permettent de réduire certains coûts de production grâce à l’automatisation et à la délocalisation d’activités vers des pays à bas salaire ; mais qui ne tiennent pas compte de l’impact négatif, sur le pouvoir d’achat des travailleurs, sur les finances publiques et sur la stabilité politique qui finissent par se répercuter sur les entreprises concernées. Cette tendance s’est aussi accentuée à cause de comportements de consommation irresponsables, qui mettent la pression sur les prix sans tenir compte des conditions de travail dans lesquels les biens (vêtements, meubles, équipements…) sont produits.
Certaines régions touchées ont pu compenser les pertes en valorisant leurs atouts, comme une main-d’œuvre qualifiée et des infrastructures publiques développées, et en investissant dans de nouveaux domaines lucratifs.
D’autres régions ont eu plus de difficultés, notamment à cause de leurs dépendances à des industries en déclin et de l’inadéquation des atouts locaux aux besoins économiques du moment.
Dans un premier temps, ces conditions conduisent à un accroissement de la précarité et des difficultés sociales qui y sont liées. Si les actions entreprises pour améliorer la situation sont insuffisantes, la dégradation peut s’accentuer, et ses effets s’étendent alors aux régions voisines. Ce contexte renforce, d’un côté, un sentiment d’abandon et, de l’autre, les discours culpabilisants. C’est en particulier ces émotions qui semblent alimenter les tendances populistes aux rhétoriques simplistes, parfois haineuses, dans plusieurs pays développés frappés par la désindustrialisation.

L’histoire récente de la Belgique permet d’illustrer cette situation. Dans les années 1960, un changement de paradigme économique a été provoqué par une révolution énergétique et technologique. Cette période était caractérisée par l’abondance de pétrole bon marché et le développement de nouveaux moyens de production, de transport routier, maritime et aérien, et de communication (les premiers satellites commerciaux, l’invention du microprocesseur, etc.). Ces progrès ont permis au commerce international de prendre son envol et au secteur des services de s’imposer comme moteur de croissance et de création d’emplois dans les pays les plus avancés.
À cette époque, l’économie du sud du territoire belge était axée sur :
- le secteur primaire, qui est celui des activités liées à l’exploitation de ressources naturelles, avec l’extraction de charbon ;
- le secteur secondaire, donc celui des activités liées à la transformation en produits semi-finis et finis, avec les industries sidérurgique, métallurgique et textile.
Quant au secteur tertiaire, qui comprend les activités liées aux services offerts aux entreprises et aux particuliers, il était encore marginal, comme dans la plupart des régions développées.
Les principales activités économiques de cette région étaient alors en perte de vitesse suite :
- à la production croissante de pétrole, qui détrôna le charbon ;
- à l’attrait grandissant de nouvelles industries prometteuses dans le secteur secondaire, comme les industries automobile, aéronautique et chimique ;
- au développement rapide du secteur tertiaire, avec les activités liées au commerce international, à la logistique, à la finance, au transport de personnes, au tourisme, à la recherche, à la santé…
Ce contexte poussa progressivement les investisseurs et les autorités publiques à détourner leur attention de l’économie du sud du pays, en déclin, pour se concentrer sur celle du nord du territoire. Cette région n’était pas affaiblie par de fortes dépendances à des industries en difficulté et possédait de meilleurs atouts pour saisir de nouvelles opportunités économiques dans un monde globalisé ; avec en particulier ses ports tournés vers la mer du Nord qui offraient un accès direct au commerce intercontinental en plein essor. Le fossé entre le sud du pays, majoritairement francophone, et le nord, majoritairement néerlandophone, continua de se creuser pendant les décennies suivantes. Cette situation est exploitée depuis par des mouvements indépendantistes anti-francophones et xénophobes qui en profitent pour rouvrir les blessures causées par les discriminations du passé afin d’accroitre le soutien apporté à leur projet.
Aujourd’hui, une révolution technologique est en cours. L’automatisation croissante d’activités manuelles et intellectuelles, et les délocalisations dans tous les secteurs conduisent à des suppressions d’emplois qui touchent tout le pays. Il serait donc utile de poser un nouveau regard sur le contexte actuel, de s’interroger sur certaines tensions régionales absurdes qui nous affaiblissent tous, et d’élaborer des solutions communes pour s’adapter à des changements qui concernent tout le monde.

La plupart des pays développés sont confrontés à la désindustrialisation et à ses conséquences économiques, sociales et politiques.
Au Royaume-Uni par exemple, certaines ruralités et régions industrielles ont eu plus de difficultés à s’adapter aux changements à cause de leur dépendance à des industries en déclin (charbonnage, sidérurgie, manufacture, etc.). Cette situation a conduit à un accroissement de l’inactivité professionnelle et a une accentuation des problèmes sociaux. Le manque de vision et d’investissements dans la gestion de l’immigration a renforcé ces difficultés. Le tout a encouragé le développement de tendances contestataires qui ont exploité un pessimisme ambiant à l’aide de discours haineux, embellis de mensonges et de promesses insensées. La confusion causée par cette rhétorique a trompé de nombreux électeurs lors du referendum de 2016 sur le partenariat que le Royaume-Uni devrait continuer à développer avec l’Union européenne. Les populistes à l’origine de ce vote ne s’étaient même pas donné la peine de rédiger quelques lignes pour définir la base d’un nouvel accord commercial qui permettrait de préserver les milliers d’emplois dépendant des liens étroits avec le reste du continent. Ils se contentaient d’avancer des projets irréalistes de refinancement à grande échelle du système de soins de santé sans donner plus d’explications, de refoulement de ressortissants d’autres pays européens sans mentionner l’instabilité économique que cela provoquerait, et de création de nombreux emplois dans les zones rurales et les anciens sites industriels sans préciser les moyens qui seraient utilisés pour attirer des investisseurs. De plus, ils ne mentionnaient pas les dégâts qui seraient causés, tels ceux liés à l’accentuation des tensions séparatistes en Irlande du Nord et en Écosse, à la grande volatilité de la devise monétaire, à la perte d’attractivité sur le plan international, au départ d’entreprises, à la destruction de sources d’emploi…
Les discussions en cours au sujet de l’adaptation de certaines clauses de partenariat montrent qu'un pays proche, avec des valeurs humaines et de nombreux intérêts économiques en commun, peut être tenté de prendre un peu de distance pour répondre aux préoccupations passagères d'une partie de la population (comme plus de flexibilité en ce qui concerne le contrôle de flux migratoires et quelques domaines législatifs bien précis). Ces demandes particulières comporteraient une contribution financière, éventuellement adaptée au fil des années, pour permettre de continuer à développer et à bénéficier des bienfaits de liens économiques, culturels et politiques existants. Plus généralement, cette situation ne devrait pas être vue comme un obstacle éternel, et la fin de tout partenariat. Les discussions récentes sur un projet d'étude pour la construction d'un pont au-dessus de la Manche, qui viendrait s'ajouter au tunnel déjà présent, en sont des exemples. Au lieu de perdre une énergie et un temps précieux à fragiliser des liens forts existants, il serait plus opportun d'utiliser les moyens disponibles pour éventuellement développer un cadre qui offrirait plus de flexibilité dans certains domaines, qui inclurait d'autres régions du monde, et qui continuerait à promouvoir la paix, la défense des droits humains, et les projets socio-économiques.
Il est aussi intéressant de noter qu'un vote parlementaire ou populaire pourrait avoir lieu pour valider ou invalider une proposition une fois les grandes lignes définies, et avant que les détails techniques ne soient négociés. C'est d'ailleurs un souhait exprimé par des partisans et des opposants à un nouveau partenariat, afin de mettre fin aux tensions actuelles et de confirmer ou d'infirmer une décision incertaine. En effet, le résultat du referendum de 2016 ne s'est décidé qu'à quelques pourcents près et ne devrait pas être interprété comme une décision tranchée. Ce résultat était plutôt l'expression d'un mécontentement compréhensible face à des difficultés réelles que tout le monde reconnait à présent et pour lesquelles des solutions positives sont en cours d'élaboration. Le chapitre 5. Partenariats internationaux fournira plus d’informations à ce sujet.
[44] Programme télévisé "BBC News", Les chiffres par localité apportent des précisions au sujet du referendum sur l’UE
http://www.bbc.com/news/uk-politics-38762034  (texte, en anglais)

Les États-Unis d’Amérique connaissent une situation semblable. Les territoires ruraux et le centre du pays ont particulièrement été touchés par la désindustrialisation. Des suppressions massives d’emplois ont conduit à un appauvrissement de ces régions. Le contexte social s’est aussi détérioré avec le départ de personnes qualifiées, mais sans emploi, vers les grandes villes du pays et les zones côtières plus prospères.
[45] James David Vance, La classe travailleuse oubliée d’Amérique
https://www.ted.com/talks/j_d_vance_america_s_forgotten_working_class  (vidéo, durée 14:41, en anglais avec sous-titres en français)
Cette tendance s’est accentuée à la suite de la crise boursière de 2000, provoquée par l’éclatement de la bulle Internet. Le gouvernement américain chercha à relancer l’économie en dérégulant les marchés financiers, mais il n’anticipa pas les dérives qui allaient suivre. Certaines banques en profitèrent pour offrir massivement des emprunts hypothécaires à des citoyens insolvables en échange de primes de risque élevées ; ce sont les contrats "sub-primes", dont les médias ont tant parlé. Ces contrats à haut risque ne sont pas restés dans les coffres de ces banques peu scrupuleuses. Ils ont été titrisés (divisés en titres pour être échangés plus facilement), avant d'être mélangés à d’autres produits et revendus à des investisseurs à travers le monde. La valeur de ces contrats s’effondra finalement en 2008, face à la multiplication des défauts de paiement, et les institutions concernées se trouvèrent en grande difficulté. Il s’ensuivit une crise de confiance internationale dans le domaine financier, qui se propagea au reste de l’économie américaine (et européenne).
Les profits générés avant que la bulle n’éclate ont été
"privatisés", récoltés par quelques spéculateurs véreux, tandis que les pertes colossales ont été "nationalisées", en ce qu’elles ont été couvertes par le contribuable via l’impôt et l’emprunt. À la surprise des citoyens américains durement touchés, les principaux responsables ne furent pas poursuivis ni sanctionnés, ce fut tout le contraire. Le gouvernement fédéral s’endetta à une échelle sans précédent afin de soutenir les banques et assureurs compromis, de relancer modestement l’économie, et de tourner la page… jusqu’à une prochaine catastrophe où les mêmes acteurs pourraient être impliqués.
Parallèlement à la détérioration de la situation économique, les invasions dites "préventives" en Asie centrale et au Moyen-Orient ont conduit à des guerres civiles et au déplacement de millions de réfugiés (dont une partie est arrivée en Europe ces dernières années). Ces situations épouvantables ont aussi bien touché les populations des régions déstabilisées que les soldats qui y ont été envoyés pour faire face à un chaos créé par une succession de décisions militaires irréfléchies. Ces interventions étaient censées réduire des menaces potentielles, mais elles ont fini par créer des dangers réels et des situations hors de contrôle. Plusieurs milliers de milliards de dollars ont été engloutis par ces opérations qui avaient été complètement sous-estimées sur le plan de la complexité, de la durée, du budget, et des conséquences sécuritaires locales, régionales et mondiales.
À cela s’ajoutent les preuves infondées utilisées pour justifier l’invasion de pays étrangers, les bavures et crimes de guerre dévoilés par Wikileaks, et les activités de surveillance illégales révélées par Edward Snowden. Ces agissements ne semblent concerner qu’une minorité parmi les services de sécurité civils et militaires. L’absence de transparence a cependant encouragé une suspicion grandissante à leur encontre. Elle a permis à quelques individus négligents ou malintentionnés de diffuser de fausses informations et de conduire des activités immorales aux conséquences désastreuses.
La population américaine est consciente que la situation se détériore et qu’une partie des fonds alloués aux opérations militaires, qui alourdissent la dette publique, devrait être utilisée pour refinancer les services publics d’une part, et d’autre part, pour étendre les partenariats internationaux qui visent à défendre les droits humains et à promouvoir la démocratie, en commençant par les régions touchées par les conflits mentionnés précédemment.
[46] Rory Stewart, Il est temps de mettre un terme à la guerre en Afghanistan
https://www.ted.com/talks/rory_stewart_time_to_end_the_war_in_afghanistan/up-next  (vidéo, durée 19:56, en anglais avec sous-titres en français)

[47] Institut "Institute for Policy Studies", Coût de la guerre depuis 2001
https://www.nationalpriorities.org/cost-of/war/  (texte, en anglais)
[48] Marc Thompson, Time Magazine, Le véritable coût de la guerre en Afghanistan pourrait vous surprendre
http://time.com/3651697/afghanistan-war-cost/  (texte, en anglais)
Au cours de la campagne présidentielle de 2016, un démagogue fortuné sans expérience politique et sans projet économique est parvenu à exploiter ce contexte en multipliant les discours provocateurs et les promesses irréalistes. Il semble en effet évident :
- que la relance d’industries en déclin ne générera des emplois qu’à très court terme ;
- que l’augmentation de taxes douanières ne fera que fragiliser des liens commerciaux essentiels avec de proches alliés ;
- que la construction de murs ne résoudra en rien les problèmes d’immigration, mais que cela en causera de nouveaux encore plus complexes tout en augmentant la dette publique.
La course à la stupidité, alimentée par des médias qui ne cherchent qu'à faire de l’audience, et les lacunes présentes dans les réseaux sociaux numériques (détaillées au point 5.2.2.4. Réponse organisée aux nouveaux besoins technologiques) lui ont offert la visibilité dont il avait besoin pour attirer l’attention des citoyens les plus déçus, et ainsi remporter les élections.
Les mesures avancées n’amélioreraient en rien la situation actuelle. Ce qui semble plutôt nécessaire pour y répondre, c’est la reprise du contrôle de l’économie et des services de sécurité civils et militaires en se recentrant sur :
- l’éthique ;
- la transparence ;
- le renforcement de l’État de droit démocratique.
Face à des difficultés socio-économiques qui s’accumulent, seule l’élaboration de solutions innovantes semble pouvoir renverser cette tendance. Dans ce sens, un nouvel élan de changements positifs pourrait être encouragé par :
- des investissements humains et financiers, de la part d’autorités publiques et d’entreprises privées, dans l’enseignement, la formation, le système de soins de santé, le développement de nouveaux savoirs et compétences, et la création d’emplois dans des domaines d’avenir tels que les énergies renouvelables, l’aérospatial et les exploitations agricoles durables ;
- la conscientisation des consommateurs, des travailleurs et des investisseurs quant à la nécessité de promouvoir des normes de production responsables, sur les plans humain et environnemental, au travers de leurs habitudes quotidiennes et de leurs décisions ;
- des simplifications de structures administratives ;
- la valorisation et le réaménagement d’espaces ruraux ;
- le lancement de projets socio-économiques internationaux.
[9] Nick Hanauer, Soyez conscients, camarades ploutocrates, la révolte approche
https://www.ted.com/talks/nick_hanauer_beware_fellow_plutocrats_the_pitchforks_are_coming  (vidéo, durée 20:26, en anglais avec sous-titres en français)
[49] Gwynne Shotwell, Engineering America
https://youtu.be/THQPNDNulVc  (vidéo, durée 17:59, en anglais)

À côté des aspects économique et politique des transitions sociétales du passé, il est aussi important de s’intéresser aux mouvements de populations qui les ont accompagnés. Ces mouvements, de milieux ruraux ou de pays étrangers vers de grandes villes régionales, ont conduit à diverses tensions liées, par exemple, à une concurrence accrue sur le marché de l’emploi et à des différences culturelles auxquelles plus d’attention aurait dû être accordée (entre campagne et ville, ou entre pays de naissance et pays d’immigration). Cette situation a encouragé la propagation de préjugés et des réactions de repli identitaire au sein de minorités de toutes les "communautés" culturelles de la population.
L’enseignement et les médias ont participé à cette dégradation. L’enseignement, d’une part, parce qu’il n’a pas toujours offert les outils indispensables au développement personnel et professionnel, et à la compréhension de l’histoire du pays et de son évolution culturelle jusqu’à aujourd’hui ; les médias, d’autre part, parce qu’ils ont parfois renforcé les incompréhensions, par méconnaissance ou par maladresse.
Cette situation n’est pas spécifique aux caractéristiques linguistiques, religieuses ou philosophiques. Au début du 20e siècle, en Belgique et en France, les discours xénophobes envers les premières générations d’immigrés italiens étaient courants, malgré des croyances chrétiennes et catholiques partagées, et des racines communes entre les langues française et italienne.
De nos jours, des difficultés similaires sont aussi présentes dans des situations différentes. C’est par exemple le cas dans plusieurs métropoles asiatiques qui ont accueilli des millions de travailleurs venus des campagnes. Les discriminations à l’encontre de ces nouveaux citadins sont courantes, malgré une appartenance aux mêmes groupes linguistique et religieux.
Indépendamment du contexte, il semble essentiel d’insister sur le fait que les injustices et les discours dégradants envers certains citoyens qui n’ont commis aucun crime accentuent les problèmes socio-économiques, et cela au détriment de tous. Il serait plus utile de construire des ponts pour une compréhension mutuelle, de chercher à rapprocher les points de vue, et de comprendre l’origine des préjugés pour pouvoir progresser tous ensemble et répondre positivement aux difficultés.


Certaines personnes ont aussi pris l’habitude de se plaindre de l’arrivée d’immigrés clandestins ou de demandeurs d’asile, alors qu’ils devraient plutôt se plaindre des gouvernements démocratiques qui ont armé les autocraties instables et les milices qui déstabilisent les régions d’où ils proviennent. Des criminels illuminés, des rois despotiques "de droit divin", et des présidents corrompus au pouvoir pour "une durée indéterminée" à l’origine de ces situations désastreuses sont soutenus par les responsables de pays libres et prospères.
Il est important de souligner que plusieurs pays européens ont une grande responsabilité dans ce qui se passe actuellement en Afrique et au Moyen-Orient. Cette responsabilité concerne tout d’abord les anciens pays coloniaux, tels la Belgique, la France et le Royaume-Uni, qui ont perdu le contrôle des colonies africaines et asiatiques qu’ils exploitaient jusque dans les années 1960. Ils s’en sont retirés en laissant derrière eux des États artificiels qui ne tenaient pas compte des populations locales. Ils y ont parfois soutenu la mise en place de régimes criminels soi-disant "amicaux", jusqu’aux portes de l’Europe, avec l’autocratie du Maroc par exemple, alors qu’ils assassinaient, torturaient et harcelaient les défenseurs des droits humains, de l’État de droit démocratique et du libéralisme.
Des conflits locaux ont aussi éclaté au cours de la période coloniale, comme celui qui oppose le gouvernement actuel d’Israël aux populations de cultures non-juives de Palestine. Les communautés religieuses juives, druzes, chrétiennes et musulmanes y vivaient principalement en paix jusqu’à la déclaration de Balfour en 1917, ainsi nommée d’après le ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni qui s’apprêtait à occuper une partie du Moyen-Orient. Cette initiative encouragea une première vague d’immigration d’Européens et de Nord-africains de culture juive vers cette région. L’antisémitisme croissant des années 1930 et le génocide de groupes culturels minoritaires dans les années 1940 en Europe poussèrent à de nouvelles vagues d’immigration.
En 1948, le Royaume-Uni finit par s’en retirer à la suite d’attentats organisés par des groupes indépendantistes violents de "culture juive", parmi lesquels figuraient de nombreux survivants, encore traumatisés, des camps d’extermination de l’Allemagne nazie. Le retrait britannique fut suivi par la fondation de l’État d’Israël, et par une succession de guerres et de tensions régionales qui se poursuivent aujourd’hui.
Concernant la situation actuelle, les rancœurs et les traumatismes du passé semblent être les principaux obstacles à la paix. Celle-ci nécessiterait avant tout qu’une nouvelle génération de décideurs des deux côtés reconnaisse les crimes commis et apaise les tensions accumulées par le passé. Cela permettrait, d’une part, de commencer à guérir les blessures et, d’autre part, de se concentrer sur des projets locaux communs dans les domaines socio-économiques et culturels, qui bénéficieraient à toutes les parties. Quant aux sceptiques qui douteraient que ce soit possible, il faudrait rappeler que la France et l’Allemagne ont été en guerre pendant des siècles et que, malgré une méfiance réciproque sans égal au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un partenariat a pu être scellé dans les années 1950 pour permettre une réconciliation durable.

À côté du désastre laissé par le passé colonial, la situation s’est aussi aggravée avec l’armement de dictatures instables qui s’en prennent à leur propre population. Les équipements militaires qui leur sont fournis sont même parfois revendus ou offerts à des milices qui sèment la terreur. C’est par exemple le cas des armes fabriquées à une centaine de kilomètres de Bruxelles qui sont tombées entre les mains de violents extrémistes présents en Syrie :
[50] Damien Spleeters, Les armes belges en Syrie
http://www.fondspourlejournalisme.be/les-armes-belges-en-syrie/  (texte, en français)
En analysant les causes des guerres aux frontières du continent européen, on s’aperçoit que des populations civiles doivent souvent payer le prix de décisions sécuritaires hasardeuses prises par quelques individus irresponsables présents dans les services de sécurité de pays démocratiques prospères.
Ces dernières années, l’armement de populations civiles sans formation ni encadrement en Libye et en Syrie par les services de sécurité français et britanniques a par exemple alimenté les conflits qui s’y déroulent, et y a renforcé plusieurs organisations criminelles.
[51] Daniel Lagot, Le Monde, La guerre en Libye n’a entrainé que le chaos
https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/03/28/daniel-lagot-la-guerre-en-libye-n-a-entraine-que-le-chaos_5277306_3232.html  (texte, en français)
Les conséquences de l’instabilité en Afrique et au Moyen-Orient, principalement alimentés par des armes fabriquées par des pays libres, permettent de prendre conscience qu’un soutien apporté à une dictature et les armes qui lui sont fournies ne sont d’aucun profit et n’améliorent en rien la sécurité. Ils créent plutôt une dette collective à échéance indéterminée et des menaces certaines sur les plans sécuritaire, démocratique et économique.
C’est le devoir des citoyens de s’opposer aux décisions d’autorités publiques qui les impliquent, indirectement, dans des crimes commis à travers le monde. Les exportations d’armes vers des États oppressifs font partie de ces situations qu’il ne faudrait aucunement tolérer, sous peine de continuer à en subir les conséquences.


Pour revenir aux mouvements populistes, on peut constater qu’ils soulignent généralement des difficultés complexes et réelles, mais qu’ils proposent des approches simplistes et irréalistes, qui ne feraient qu’aggraver les choses. Ces mouvements semblent se développer à cause de l’ignorance involontaire ou volontaire de fautes commises par les générations précédentes, de situations sécuritaires désastreuses causées par des décisions irréfléchies, et de l’inadéquation des réponses apportées à des difficultés socio-économiques.
Des concepts artificiels d’unité et de supériorité basés sur des caractéristiques culturelles comme la langue, religieuses comme certaines convictions catholiques ou protestantes, ou physiques comme une couleur de peau "plus claire" sont parfois mis en avant par des tendances régionalistes ou nationalistes, qui semblent ignorer :
- que le nord-ouest du continent européen a été déchiré par des conflits militaires pendant des siècles jusqu’à la création progressive de l’Union européenne, à partir des années 1950, malgré certaines caractéristiques politiques, religieuses et physiques communes ;
- que le christianisme vient du continent asiatique, que ses principaux fondements (dont la Trinité et le choix des traductions des quatre évangiles) ont été fixés vers le quatrième siècle sur le territoire actuel de la Turquie, et que Jésus de Nazareth, présent dans les traditions religieuses chrétienne et musulmane, et ses disciples, étaient originaires du Moyen-Orient et avaient probablement la peau plus foncée que sur la plupart des représentations qui circulent de nos jours ;
- que les divisions basées sur quelques aspects culturels ou géographiques sont inefficaces en ce qu’elles encouragent la haine entre voisins, qu’elles ne facilitent pas la correction de fautes commises ces dernières années dans le domaine économique, et qu’elles n’aident pas à élaborer des solutions durables face aux changements en cours.
Certains mouvements populistes tendent aussi à idéaliser le passé en prétendant, par exemple, que tout était mieux "avant", et, bien sûr, ils ne mentionnent pas :
- qu’il y a une cinquantaine d’années, la menace d’un nouveau conflit régional planait encore sur l’Europe à cause de provocations entre certains membres irresponsables présents dans les services de sécurité de pays démocratiques et de dictatures pseudo-communistes ;
- qu’il y a une centaine d’années, l’Allemagne signait l’armistice de la Première Guerre mondiale, et qu’elle allait entrainer l’Europe dans une nouvelle guerre deux décennies plus tard au nom de théories de supériorité raciale et culturelle. À cette époque aussi, plusieurs pays de l’ouest de l’Europe, parmi lesquels l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Espagne, étaient secoués par des groupes paramilitaires aux revendications politiques ou séparatistes. Quant aux droits des femmes, des travailleurs et des citoyens en général, ils étaient quasiment considérés comme une menace par la plupart des États européens ;
- que tout au long du 19e siècle, des voisins européens, dont la France, la Prusse et le Royaume-Uni, s’affrontaient pour quelques morceaux de terre. Au cours de cette même période, la famine touchait encore certains pays de notre continent, notamment l’Irlande, la Norvège et la Suède, d’où plusieurs millions de personnes ont dû émigrer pour survivre à la faim.
Tout n’est pas parfait aujourd’hui. Mais prétendre que c’était mieux "avant", c’est ignorer l’histoire récente. Les changements de la deuxième partie du 20e siècle ont apporté des améliorations, mais ils ont aussi causé des difficultés. Tout en reconnaissant et en corrigeant les fautes du passé, il faudrait intensifier les efforts qui visent à défendre le respect des droits fondamentaux et à concevoir un modèle socio-économique plus responsable.


De nos jours, les détracteurs de mouvements populistes adoptent parfois une approche absurde en dénigrant leurs représentants et en alimentant les tensions avec des discours moqueurs. Cette approche conduit inconsciemment à attirer l’attention sur ces mouvements et, finalement, leur fait de la publicité en leur offrant une visibilité dont, sinon, ils n’auraient pas bénéficié ; comme cela a été le cas lors des élections américaines de 2016. Cette publicité, qui n’était pas désirée au départ, a été amplifiée par des vulnérabilités présentes dans les médias…
On ne combat pas le feu par le feu, en effet cela ne fait qu’étendre l’incendie. De même, on ne réplique pas à la stupidité par l’absurdité, cela ne fait qu’accroitre l’incompréhension. Une façon plus efficace de s’y opposer semble être de ne pas prêter trop d’attention aux provocations, et de se concentrer sur les difficultés socio-économiques que certains individus tentent d’exploiter.
En se reportant aux années 1930, on peut constater que même sans Mussolini, Hitler et Staline, des mouvements similaires au fascisme, au nazisme et au totalitarisme communiste se seraient probablement développés en Europe. Ce sont les conditions de grande instabilité de cette période qui créèrent ces démagogues criminels et leurs semblables.

Les tendances populistes dégradent les modèles sociétaux développés qui peuvent temporairement avoir du mal à s’adapter face au changement. Elles cherchent à revenir à des modèles désuets du passé sans pour autant réaliser que cela ne ferait qu’aggraver les choses. D’une certaine manière, elles peuvent être comparées aux mécanismes liés au stress qui touchent un individu confronté à une situation difficile, et qui conduisent progressivement à une détérioration des facultés intellectuelles et à des comportements irrationnels.
Quelle que soit l’époque, il faudrait se concentrer sur le contexte pour élaborer des solutions progressistes et durables. Des efforts accrus semblent nécessaires dans le but de favoriser une compréhension commune des situations problématiques et de mettre en place un dialogue positif afin de les dépasser.


3.2. Tendance au progrès - possibles pistes de réflexion

3.2.1. Les préjugés liés aux différences linguistiques

Il est évident que les parcours personnels font les individus et déterminent leurs caractéristiques linguistiques, comportementales, intellectuelles... Nous entendons parfois à tort que c'est la langue maternelle qui façonnerait tout cela. À l'heure de la mondialisation, il n'y a aucun doute sur le fait qu’un idiome en soi, ou ce qui est encore plus absurde, la nationalité, ou une couleur de peau ou de cheveux, ne joue qu'un rôle mineur dans les caractéristiques individuelles.
Plusieurs langues et lieux géographiques dans notre voisinage peuvent être observés pour illustrer cette réalité.
Il suffit de jeter un coup d’œil en Flandre pour se rendre compte que la population néerlandophone est très diverse, que ce soit sur le plan des talents, des personnalités ou des idées. Parmi les néerlandophones, il y a aussi bien des indépendantistes violents encore prisonniers des blessures du passé... que des citoyens du monde et des altermondialistes idéalistes.
Nos voisins allemands germanophones sont un autre exemple de cette diversité. Parmi eux se trouvent aussi bien des néonazis égarés par certaines théories raciales et une histoire récente complexe... que des pacifistes, des philosophes et des scientifiques qui œuvrent quotidiennement pour un monde meilleur.
De même, en ce qui concerne les francophones de France, on trouve aussi bien d'anciens collaborateurs nazis et des nationalistes qui glorifient la désastreuse période coloniale, en considérant les massacres et pillages commis sur tous les continents comme des détails sans importance... que des philanthropes qui s'investissent dans des projets de développement socio-économique à travers le monde, ainsi que des intellectuels humanistes de renommée mondiale, à l'image du très populaire Matthieu Ricard, docteur en génétique cellulaire, moine bouddhiste, traducteur et écrivain.
Comme exemple plus général, on peut citer deux entrepreneurs passionnés par les voyages et par les nouvelles technologies, qui vivent au centre de deux métropoles internationales dynamiques situées à des milliers de kilomètres l'une de l'autre. Ils auront certainement plus de traits en commun et d'intérêts partagés qu'avec un proche parent plutôt intéressé par l'agriculture et un style de vie en milieu rural, qui ne verrait pas l'intérêt qu’on peut trouver dans des gadgets temporairement à la mode. La situation inverse semble aussi évidente.
La langue maternelle présente une certaine importance, mais il semble clair que ce sont avant tout les valeurs humaines et les expériences personnelles cumulées qui, à un moment donné, façonnent les individus et déterminent leurs caractéristiques.

Il est aussi important de préciser que les milliers d’idiomes utilisés dans le monde ne sont pas des rochers immuables tombés du ciel dans des temps anciens. Pour donner une image simplifiée, on pourrait parler d'ensembles de sons, et/ou de signes dans certains cas, qui ont évolué au fil du temps et qui sont échangés pour communiquer des pensées ; cette communication n’est pas parfaite et peut être à l’origine de malentendus.
Ces ensembles de sons se basent principalement sur :
- un vocabulaire constitué de "mots" qui sont associés à des personnes, des actions, des éléments matériels ou immatériels, etc. ;
- une grammaire constituée de "règles d'assemblage de mots", comme leur place dans une phrase ou encore les déclinaisons, qui permettent d'offrir plus de clarté et de formuler des idées plus complexes ;
- des variantes et accents locaux, des expressions, des références culturelles et, parfois, des nuances descriptives particulières qui viennent enrichir le tout.


Aussi, les idiomes ne sont pas figés. Ils naissent et continuent d'évoluer. Des mots sont ainsi régulièrement abandonnés, tandis que d'autres sont inventés, importés, ou modifiés au niveau de la prononciation ou de la signification. Les trois termes suivants sont des exemples qui ont traversé les siècles et les continents.
- barbare :
 Ce terme viendrait du mot barbaros "βάρβαρος" qui était utilisé par les grécophones de l’Antiquité pour désigner les peuples dont la langue était incompréhensible et ressemblait au babil barbarbar, équivalent à blablabla en français.
Les Romains importèrent ce terme dans la langue latine en y ajoutant une connotation d’infériorité. Ils l’utilisèrent entre autres pour désigner les populations installées autour de l’Empire romain, comme les peuples germaniques qui occupaient le territoire actuel de l’Allemagne et ses environs ; depuis plusieurs siècles, les habitants de cette région possèdent l’un des meilleurs niveaux de formation du continent et c’est notamment dû à leur localisation centrale, au carrefour des échanges commerciaux et intellectuels.
Le terme "barbare" est utilisé aujourd’hui pour faire référence à la brutalité, à l’incivisme ou à la grossièreté.
- gourou (qui s’écrit aussi guru) :
Le terme sanscrit gourou "
गुरु" est composé du mot gou qui est associé à "l’obscurité", et du mot rou qui peut être traduit par "lumière" ou par "retirer". Il était utilisé pour désigner un guide spirituel ou un enseignant.
En français, ce mot a été emprunté pour faire référence au responsable d’une secte, à un maitre à penser, ou encore à un expert dans un domaine particulier comme l’informatique.
- algorithme :
Ce terme est dérivé du nom du mathématicien et astronome bagdadien Al Khwarizmi "
الخوارزمي", du 9e siècle, connu pour ses travaux sur l’algorithmique.
Le mot "algorithme" désigne une suite d’instructions (en mathématiques, en informatique…) qui permet de résoudre un problème ou de remplir une fonction.


Les idiomes s'adaptent à travers le temps et les régions, et en fonction des locuteurs. Ce point explique les différents accents et patois qui ont été influencés par des apports locaux. Ils ont évolué indépendamment les uns des autres pendant plusieurs siècles jusqu'à développer une prononciation, une grammaire et un vocabulaire distincts. C'est par exemple le cas des variantes régionales du latin de l'Antiquité, latinum vulgare ou latin du peuple, qui ont donné naissance aux langues romanes contemporaines telles que l'italien, le roumain, le corse, le catalan, l'espagnol, le portugais, le wallon et le français.
À côté de la langue parlée, il faut citer l'écriture qui se base sur un ensemble de symboles (des lettres, des signes de ponctuation, des pictogrammes dans certains cas...) et sur des règles d'assemblage, comme le sens de l'écriture et l'orthographe. La langue écrite évolue, et pas toujours de la même manière que la langue parlée, ce point expliquant la plupart des différences qui existent entre elles. C'est ainsi qu'en français, on retrouve des "lettres muettes" et des sons qui s’écrivent de différentes façons dans certains mots ; qui étaient prononcés d’une autre façon par le passé, ou qui ont été empruntés à d'autres idiomes.
Les différences entre les langues parlée et écrite sont courantes dans le monde, et des
réformes sont régulièrement proposées pour les rapprocher, pour les simplifier, ainsi que pour revoir le vocabulaire, la prononciation, et les règles de grammaires et d’écriture "standard" en tenant compte des nouveaux usages. L’enseignement et les médias relayent ensuite ces réformes au sein de la population.

Il est possible d’illustrer brièvement cette évolution linguistique à l'aide des quelques exemples suivants.
- Le français :
Contrairement à certaines croyances, les tribus celtes gauloises, qui s'étaient installées dans une partie du territoire actuel de la France il y a plus de deux mille ans, n'ont eu qu'une influence mineure sur la langue française. Cela s'explique entre autres par le fait que l'écriture n'était pas courante chez ces peuples.
Ensuite, les conquêtes de cette contrée par Rome, au cours du 1er siècle avant notre ère, et par les tribus germaniques, quelques centaines d’années plus tard, ont effacé quasi toute trace de la présence celte. La langue française ne semble donc pas être d'origine celte, mais elle a des fondements latins enrichis de mots importés du grec, en particulier dans les domaines scientifiques. Le français a aussi été influencé par les langues germaniques et l'arabe au moyen-âge, et par l'anglais au cours du 20e siècle ; il est intéressant d’ajouter ici que ces idiomes avaient, eux aussi, été influencés par des apports d'autres communautés linguistiques, et que leur utilisation s'est répandue à la suite de conquêtes, d'alliances et d’échanges.
Les mots "français" et "France" ont, quant à eux, une racine germanique. Ils sont dérivés du nom de tribus qui vivaient sur le territoire actuel de l’Allemagne et qui ont pris le contrôle d’une partie de l'Empire romain au 5e siècle, les Francs. Le nom "France" a d’ailleurs gardé son origine dans les langues germaniques où il peut être traduit littéralement par l’État ou le domaine des Francs (Frankreich en allemand, Frànkrich en alsacien, Frankrijk en néerlandais, Frankrike en suédois…).
Pour l'écriture, la langue française utilise l'alphabet latin, qui descend de l'alphabet grec, descendant à son tour de l'alphabet phénicien développé au Moyen-Orient il y a plus de trois mille ans.
- L’anglais :
Vers le 1er siècle de notre ère, l'Empire romain parvint à intégrer le territoire de l’Angleterre qui était occupé par des tribus celtes ; parmi ces peuples locaux figuraient les Bretons, Brittons, dont le nom a été utilisé pour nommer la Grande-Bretagne (et dont une partie se réfugia plus tard de l’autre côté de la Manche, dans ce qui allait devenir la Bretagne française). C’est à cette époque que le latin fut introduit pour la première fois au sein de la haute société.
Au cours du 5e siècle, l'effondrement de l'Empire romain fut suivi d'incursions de peuples germaniques en provenance des territoires actuels du Danemark et du nord de l'Allemagne. Les principales tribus qui prirent part à ces offensives étaient les Jutes, les Saxons, et les Angles, qui donnèrent leur nom à la langue anglaise et à l'Angleterre ; England, en anglais, qui pourrait être traduit par terre des Angles. Ces peuples s’installèrent dans la région et un mélange de leurs idiomes s’imposa au sein de la population.
Au 11e siècle, la France envahit à son tour ce territoire et elle y importa des variantes du latin, alors utilisées par l'élite.
Quelques siècles plus tard, l'intérêt grandissant pour les sciences et l'art poussa les intellectuels anglais à importer de nouveaux mots du grec, du latin et de l'arabe.
Ce mélange complexe, fondé sur des idiomes germaniques avec des influences latines et grecques et, dans une moindre mesure, celtes et arabes, évolua pendant plusieurs siècles pour devenir l'anglais contemporain.
- L’espagnol et le portugais :
L'espagnol et le portugais sont deux variantes du latin qui se sont développées dans des régions distinctes de la péninsule ibérique. Ces variantes ont en particulier été influencées par les conquêtes germaniques et par plusieurs siècles de présence arabo-musulmane. De nombreux lieux, cours d'eau et villes de cette péninsule portent d'ailleurs des noms d'origine arabe ; citons par exemple le rocher de Gibraltar, le fleuve de Guadalquivir et la ville d'Almeria.
- Le maltais :
Le maltais est une variante régionale de l'arabe parlée sur les iles maltaises. Il s'est principalement enrichi de mots provenant de l'italien, du fait de la proximité avec l'Italie, et de l'anglais pendant la période d'administration britannique.


Plus généralement, on peut citer les groupes linguistiques qui sont issus de langues communes plus anciennes. Des variantes régionales se sont différenciées les unes des autres au fil des siècles, d’une part, à cause des distances qui séparaient les locuteurs et, d’autre part, sous l’influence d’autres idiomes.
Même si elles ont connu des évolutions distinctes, notamment en matière de prononciation et d’écriture, elles possèdent encore des milliers de mots similaires et certaines spécificités en ce qui concerne la grammaire :
- Les langues romanes ; le français, l’espagnol et le portugais font partie des langues qui sont issues du latin parlé à travers l’Empire romain dans l’Antiquité, comme mentionné précédemment.
- Les langues germaniques ; le néerlandais, le luxembourgeois, l’alsacien, l’allemand, le danois, le suédois, le norvégien et l’islandais sont dérivés d’une même langue qui était parlée dans le nord et le centre de l’Europe plusieurs siècles avant notre ère.
- Les langues sémitiques ; l’araméen, l’arabe et l’hébreu sont nés d’une langue utilisée au Moyen-Orient il y a plus de deux mille cinq cents ans.
[52] Paul Jorgensen, A quel point les langues hébraïque et arabe sont-elles similaires ?
https://youtu.be/9YjRuTp-nD0  (vidéo, durée 10:37, en anglais avec sous-titres en anglais)

Ces quelques exemples mettent en évidence le fait que les langues ne sont pas figées et qu'elles ne sont pas inscrites dans l'ADN. C'est encore moins le cas des clichés que certaines personnes associent à leurs locuteurs.

Pour résumer, les langues utilisées à travers le monde semblent avant tout être :
- des connaissances, ou des outils immatériels, qui aident à communiquer oralement ou par écrit ;
- basées sur des sons ;
- résultant d'une évolution parfois surprenante ;
- en constant changement.


3.2.2. Les préjugés liés aux origines et aux convictions

À côté des stéréotypes sur les francophones et les néerlandophones, il en existe d'autres qui emprisonnent un grand potentiel présent en Belgique, et qui détournent des vraies difficultés. Ce sont par exemple les idées reçues basées sur le genre, l'âge, la situation personnelle et les origines, en particulier pour les Belges originaires d'Europe de l'Est, d’Afrique subsaharienne et d'Afrique du Nord. Concernant cette dernière région, les préjugés sont souvent liés aux convictions religieuses et à l'image extrêmement négative donnée par les médias. Une image qu'il semble indispensable de rectifier.
Tout d'abord, il ne faudrait pas confondre Arabes et musulmans. En effet, les Arabes, ou arabophones, ne représentent qu'une minorité (moins du quart) parmi les musulmans dans le monde. On peut aussi ajouter que jusqu'au 6e siècle, le terme "arabe" était utilisé pour désigner quelques populations sémites et majoritairement polythéistes, présentes dans une partie du Moyen-Orient. De nos jours, ce terme est utilisé de façon plus générale pour désigner les populations du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord qui ont majoritairement adopté des variantes de l'arabe au cours des siècles suivants ; dans plusieurs localités, des idiomes plus anciens comme le tamazight sont encore couramment utilisés.
Ensuite, il est utile de préciser qu'il y a approximativement un milliard et demi de personnes de culture ou de conviction musulmane à travers le monde. Ces personnes vivent principalement sur un territoire qui s’étend du nord-ouest de l’Afrique au sud-est de l’Asie. S'il y avait ne serait-ce qu'un pour cent de ce milliard et demi de personnes, une partie insignifiante, qui correspondait aux préjugés d’extrémisme et de terrorisme fanatique omniprésents dans les médias, cela ferait des siècles que la Terre ressemblerait à un cratère géant.

Il est évident que les criminels, quels qu'ils soient, semblent avant tout être des personnes traumatisées ou psychologiquement détruites. Ceux-ci peuvent chercher à justifier des actes violents en interprétant à leur façon des aspects de la première idéologie qui leur passe par la tête. Cependant, on se trouve encore dans une situation où les médias expliquent souvent les faits de manière extrêmement simplifiée en faisant référence à des préjugés répandus dans certains cas, ou alors ils le font de façon plus responsable sur base de causes socio-économiques. Le degré de sérieux des explications données dépend principalement, non pas de la situation, mais plutôt des origines, et des convictions réelles ou supposées des individus concernés.
D'un côté, lorsque des méfaits sont commis dans des pays à majorité musulmane aux mains de dictatures corrompues ou dans des situations de conflits prolongés, ces actions sont directement rattachées à la religion. Il en va de même pour les individus qui ont des "origines musulmanes" et ce rapprochement absurde est fait même si ces personnes ne sont pas particulièrement religieuses et qu'elles n'ont pas grandi dans un contexte religieux. En faisant référence à la religion, les médias concernés rattachent indirectement les crimes commis à l'ensemble des personnes qui ont un lien avec le culte en question. Dans ce cas-ci, plus d'un milliard et demi de personnes sont associées à ces situations alors qu'elles ne se sentent pas plus concernées que les autres, qu’elles ne les soutiennent évidemment pas, qu'elles vivent majoritairement dans la paix, et qu'elles ont suffisamment de préoccupations et de difficultés au quotidien, comme la plupart des êtres humains.
D'un autre côté, lorsqu'une atrocité est commise par une personne qui a des "origines" autres que musulmanes, des explications plus objectives et détaillées sont fournies pour essayer d'en comprendre les causes. Avons-nous par exemple déjà entendu dire que le meurtrier norvégien qui a pris la vie de dizaines de personnes il y a quelques années avait fait cela pour le bien du christianisme ou d'une couleur de peau, quand bien même il l'a revendiqué et répété ? Que les attaques perpétrées par d'anciennes organisations nationalistes de "culture catholique" dans des régions comme le Québec et l'Irlande du Nord étaient liées à certaines convictions chrétiennes, ou avaient pour cause des spécificités physiques ? Que les atrocités commises par des moines bouddhistes contre des populations minoritaires de Birmanie avaient des fondements dogmatiques ? Non, certainement pas. Quand bien même les criminels concernés l’auraient prétendu à maintes reprises, il aurait été complètement absurde de penser que leurs actes étaient liés à une origine ou à un courant religieux.

À côté des points précédents, il semble aussi intéressant de souligner l'importance des savoirs rassemblés, découverts et enrichis qui ont été transmis par les sociétés arabes, plus précisément par les sociétés composées majoritairement d’arabophones musulmans, mais parlant aussi d'autres langues locales et incluant des minorités chrétiennes et juives. Ces savoirs sont très divers et vont des mathématiques, avec les ouvrages sur l’algèbre (al jabr en arabe) et l’algorithmique du mathématicien Al Khwarizmi… aux travaux en philosophie de savants comme Al Kindi, Avicenne (Ibn Sina), et Averroès (Ibn Rochd) qui ont participé à la traduction, à l’enrichissement et à la transmission de l’héritage de la Grèce Antique.
Parmi les connaissances transmises, il y a par exemple les chiffres dits arabes, qui sont basés sur un système de numération indien, et qui ont été raffinés par des mathématiciens arabophones du Moyen-Orient avant d’être transmis à d’autres régions du monde via les échanges commerciaux et intellectuels.
De nombreux mots de la langue arabe, parfois eux-mêmes importés d'autres idiomes, ont aussi été transmis avec ces savoirs. Ce sont des mots que nous utilisons régulièrement tels que chiffre, algèbre, algorithme, alchimie, azur, sirop, café, carafe, sucre, abricot, jasmin, jupe, coton, magasin, girafe, gazelle, guitare, hasard ou encore élixir.
Contrairement au christianisme du Moyen Âge, l’islam en soi ne s’oppose pas aux sciences profanes. C’est tout le contraire, la religion musulmane encourage les croyants à se questionner sur la nature humaine, et sur la complexité du monde. La quête du savoir et le développement de connaissances bénéfiques aux êtres humains y sont même considérés comme des actes d’adoration.
Les savants de langue arabe ont par ailleurs rassemblé, étudié et développé les connaissances grecques et indiennes pendant les siècles difficiles qu'a connus une grande partie du continent européen de la chute de l'Empire romain jusqu’à la Renaissance :
[53] Mahmoud Hussein et Philippe Calderon, Lorsque le monde parlait arabe
https://youtu.be/ZGHA0FXyvHg  (
vidéo, durée 3:15:34, en français)
Les territoires à majorité arabophone qui se situent de l'autre côté de la Méditerranée ont excellé dans les domaines scientifiques et économiques, particulièrement entre le 8e et le 12e siècle, avant d'entrer dans une longue période de déclin due à des facteurs divers tels que :
1. Les conflits entre dynasties régionales et entre différentes branches et sous-branches de la religion musulmane, comme pour le christianisme en Europe avec l'Inquisition et les guerres entre catholiques et protestants, et pour l’hindouisme en Asie avec les conflits entre certains de ses courants (toute idéologie religieuse ou areligieuse peut être manipulée par des criminels en quête de pouvoir, ou par des individus violents qui sont convaincus de détenir la vérité absolue).
2. Les invasions du début du deuxième millénaire, telles que les vagues de croisades européennes et les conquêtes mongoles, qui ont mis fin à plusieurs siècles de prospérité et d’essor intellectuel.
3. La faible densité de population, l'aridité de ces territoires, et la pauvreté en ressources naturelles (à l'exception des ressources fossiles découvertes il y a quelques décennies).
4. Les situations instables laissées par les anciens pays coloniaux (France, Royaume-Uni, Italie et Espagne), qui sont sortis affaiblis de la Deuxième Guerre mondiale et ont fini par perdre le contrôle de leurs colonies. Ces pays se sont retirés de façon précipitée en laissant derrière eux de petits États artificiels, aux frontières souvent "rectilignes", sans tenir compte des populations concernées. Plusieurs de ces États portent d'ailleurs des noms d'origine coloniale ; citons par exemple la Tunisie, qui porte un nom dérivé de sa capitale Tunis, l'Algérie qui porte aussi un nom dérivé de sa capitale Alger, le Maroc qui porte un nom dérivé de la ville de Marrakech et qui, en arabe, est communément appelé le Maghreb, bien qu'il ne représente qu'une toute petite partie de cette région.
5. La plupart des dictatures instables et corrompues actuelles qui ont principalement été armées par les anciens pays coloniaux dans les années 1950 et 1960 dans le but de conserver des intérêts économiques.
6. Les récentes interventions militaires étrangères qui ont déstabilisé une partie du Moyen-Orient et d’Asie centrale. Ces interventions préventives étaient censées apporter plus de stabilité au bout de quelques mois, mais elles ont conduit à des conflits complexes qui se prolongent, s’étendent, et encouragent tous les extrêmes.
Cette liste n'est pas exhaustive, mais elle permet de comprendre que, même si les territoires concernés étaient majoritairement polythéistes ou chrétiens, les difficultés actuelles seraient similaires. Il en serait de même pour les criminels, que dictatures et conflits locaux ont fait naitre et qui essayent de justifier leurs atrocités en exploitant la première idéologie disponible ; ici, religieuse, mais qui aurait très bien pu être raciale, politique ou économique comme cela a été le cas en Europe au cours du 20e siècle.


Il est important de prendre conscience que tout courant de pensée peut être manipulé par une minorité pour justifier des abus, voire des comportements violents, en particulier au cours de périodes d’instabilité économique ou sécuritaire. Ce qui semble différencier une idéologie quelconque d'une tendance criminelle est la zone à partir de laquelle des individus innocents sont progressivement mis à l'écart ou traités de façon inhumaine à cause de préjugés et de généralités. Le rempart face à ces menaces semble être la défense sans condition des différents aspects de la dignité humaine.
Comme exemples connus, citons les groupes minoritaires qui ont manipulé certains aspects :
- du christianisme avec les croisades, l'Inquisition et les conflits entre ses branches, comme en Irlande du Nord, où des mouvements politiques ont alimenté une guerre civile qui a déchiré les communautés catholique et protestante jusqu'à la fin du 20e siècle ;
- de l'islam avec certains mouvements criminels qui cherchent à nier les atrocités qu'ils commettent dans des situations de conflits locaux dévastateurs, ou face à des dictatures qui ne se maintiennent au pouvoir que par la violence aveugle et la corruption omniprésente ;
- du judaïsme avec les stigmates du passé, certaines menaces actuelles et les peurs tout à fait compréhensibles qui en découlent, mais qui sont exploités par une minorité pour justifier l’occupation militaire de territoires étrangers et le désastre qui en découle ;
- du bouddhisme avec les attaques répétées contre une partie de la population dans des régions extrêmement démunies de Birmanie ;
- des idéaux de supériorité culturelle ou raciale qui sont avancés pour encourager les injustices et la violence, à l’image des génocides commis par l'Allemagne en Afrique et en Europe, ainsi que des massacres de masse, moins médiatisés, perpétrés par la France en Algérie et par la Belgique au Congo pendant la période coloniale ;
- des principes marxistes égalitaristes et antireligieux qui ont été utilisés pour justifier les répressions brutales sous les régimes totalitaires pseudo-communistes d'Europe de l'Est et de l'Union soviétique.


En ce qui concerne les désastres humains à grande échelle, ceux-ci peuvent encore être initiés aujourd'hui par des pays libres, prospères et en situation de paix. C'est par exemple le cas avec le chaos provoqué par les opérations militaires étrangères en Irak. Ces interventions avaient initialement été lancées pour mettre fin à un régime soupçonné de produire des armes de destruction massive, ces soupçons s’avérant cependant infondés. Ils se basaient sur des sources douteuses, prises en compte dans un contexte sécuritaire complexe et sous l'influence de possibles intérêts économiques à court terme.
[54] Vincent Jauvert, L’Obs, L’incroyable histoire du mensonge qui a permis la guerre en Irak
https://www.nouvelobs.com/l-enquete-de-l-obs/20130308.OBS1260/l-incroyable-histoire-du-mensonge-qui-a-permis-la-guerre-en-irak.html  (texte, en français)
Cette situation montre à quel point il semble indispensable qu’aucune décision d'une certaine importance sur le plan sécuritaire ne soit prise par des individus constamment exposés à de fortes pressions, qui ont vécu des expériences traumatisantes, ou qui peuvent être influencés par des intérêts politiques ou économiques. Ces trois éléments détériorent inévitablement, consciemment ou inconsciemment, la capacité de jugement, ce qui peut conduire aux décisions les plus irréfléchies et catastrophiques ; ce fait aide d’ailleurs à comprendre l’adage selon lequel le pouvoir tend à corrompre même les plus vertueux.
Sans le discernement et la réserve qu’il exige, le pouvoir est un poison pour celui qui le détient.


Quelle que soit la situation, et sans pour autant disculper les criminels, il semble essentiel de prendre du recul par rapport aux discours réducteurs afin de se concentrer sur le contexte qui permet d'appréhender les faits.
On peut aussi ajouter que le devoir de mémoire n'est pas limité aux victimes et à leurs descendants. C'est plutôt une responsabilité collective afin que les générations présentes et futures en comprennent les principales raisons, n'en commettent plus de semblables, et ne les revivent pas. Ce devoir passe en particulier par une meilleure compréhension du contexte, des causes et des conséquences de ces catastrophes.


De manière plus générale, face au mystère de l’avant et de l’après-vie biologique, l’être humain tend à s’attacher à des éléments immatériels qui étaient présents avant sa naissance et qui pourraient le rester après son départ. Ils peuvent être liés à des valeurs humanistes, à des convictions religieuses ou philosophiques, à une langue, à un territoire temporairement délimité par des frontières physiques ou administratives, à des théories raciales... En ce qui concerne ce penchant naturel, les mouvements qui encouragent la haine ou la violence se placent à un niveau extrême et cherchent à imposer leur vue à d’autres personnes. Ils attirent notamment des individus vulnérables qui rencontrent des difficultés socio-économiques, qui ont besoin de se rassurer en période de grands changements sociétaux, ou qui ont vécu des expériences traumatisantes. Les idées de supériorité qui sont utilisées pour justifier des méfaits peuvent être basées sur n’importe quelle idéologie, spécificité culturelle ou caractéristique physique.
Le témoignage de Christian Picciolini, ancien responsable d’un groupe néonazi nord-américain, donne une idée des processus de radicalisation et de déradicalisation :
[55] Christian Picciolini, Ma descente dans le mouvement néonazi d’Amérique et comment j’en suis sorti
https://www.ted.com/talks/christian_picciolini_my_descent_into_america_s_neo_nazi_movement_and_how_i_got_out  (vidéo, durée 20:18, en anglais avec sous-titre en anglais)

La connaissance de l'histoire est d'une importance primordiale, en particulier aujourd’hui. Tout d'abord parce qu'oublier le passé, c'est prendre le risque d'en répéter les erreurs. Ensuite, cela permet de prendre conscience qu'un développement durable ne semble possible qu’à travers un respect et une compréhension mutuels, soutenus par des projets socio-économiques.




3.2.3. L'importante responsabilité sociétale des médias

De nos jours, de nombreux préjugés et idées reçues sont renforcés par certaines pratiques des médias d'information. La plupart d’entre eux ignorent souvent les projets et événements positifs, et se contentent de fournir des explications extrêmement simplifiées des faits effrayants du quotidien pour jouer sur les émotions fortes qui, d’une certaine manière, activent l’instinct de survie et permettent d’attirer plus facilement l'attention. L'objectif de ces pratiques est de faire de l'audience et non pas d'informer la population au mieux comme cela devrait être le cas, en particulier pour les organisations financées par des fonds publics. Cette tendance s’est renforcée sous la pression d’une concurrence agressive qui détériore encore plus l'image qu’on se fait de la société et du monde. Cette influence négative s'exprime à différents degrés en fonction des médias, de leur public et de leurs sources de financement.
Ce penchant à mettre en avant l'
image d'une Terre qui ne connait que la violence et l'injustice, pousse au fatalisme, renforce le repli identitaire, et affaiblit la volonté d'agir pour améliorer les choses. Tout n'est pas parfait, mais les nombreux projets et événements positifs qui ont lieu tous les jours méritent plus de visibilité, sans pour autant ignorer ce qui va moins bien.
Il serait bénéfique d’encourager le développement de programmes télévisuels qui ne se contentent pas de traiter des faits à connotation négative pour capter l’attention, mais qui, plutôt tiennent compte de leur influence sur la société et proposent des analyses pertinentes des faits ; aussi bien de ceux à connotation négative que de ceux à connotation positive.

À côté de certains contenus qui débordent parfois d’atrocités et d’absurdités, s’en trouvent d’autres, qui s’illustrent par la banalisation du sexisme de la violence et des conflits armés (dans de nombreux films, séries télévisées et jeux vidéo), ce qui n'améliore pas les choses, évidemment. Cela concerne par exemple les soldats dans un contexte de guerre, qui sont présentés comme de vaillants héros en quête d'aventures à travers le monde. Dans la réalité, ce sont le plus souvent de jeunes recrues en quête de sens dans un monde globalisé complexe. Nombre d’entre eux reviennent transformés, voire traumatisés, par leur déploiement en zone de conflit. Les expériences stressantes vécues ont en effet un impact significatif sur la plasticité du cerveau. Elles peuvent être responsables de dégâts psychologiques durables (PTSD) à l'origine de troubles comportementaux, de dépressions, de burnouts, de réactions anxieuses incontrôlables, d'isolement, de cauchemars, de flashbacks, etc. Tout cela n’est souvent pas aussi héroïque et enviable que ce qui est présenté au cinéma.
[56] Richard Doss, Entrainé à ne pas pleurer : le défi d'être soldat
https://youtu.be/WkCq6BWFBAM  (vidéo, durée 18:32, en anglais)
Au lieu de scénarii catastrophiques de guerres, d’attaques de robots, d’invasions de monstres… qui se ressemblent tous hormis quelques détails, comme les décors et les noms, il semblerait plus utile de produire des films, des séries télévisées et des jeux vidéo qui proposent des réflexions sur la façon :
- d’élaborer des solutions positives face à des difficultés sociétales telles que les inégalités sociales, la pauvreté et la criminalité ;
- de réaménager les espaces urbains existants et d’en construire de nouveaux (en tenant compte des contraintes liées au développement de nouvelles compétences, à la communication, aux réticences face au changement, à la disponibilité des ressources matérielles, au budget, au temps, etc.) ;
- de mettre fin aux conflits armés qui déstabilisent plusieurs régions du monde et de répondre aux besoins humanitaires des populations concernées ;
- de développer les partenariats socio-économiques internationaux dans des domaines tels que l’enseignement et les nouvelles technologies ;
- de se questionner sur l’évolution des sociétés humaines à travers les siècles et les régions.

Il serait opportun de responsabiliser davantage l’industrie du divertissement sur les messages qu’elle véhicule au quotidien, ainsi que sur l’impact, négatif ou positif, qu’elle a sur la société.


3.2.4. Le respect et la complémentarité dans la différence

La diversité humaine peut être comparée à celle des cellules d’une personne. Sous l'effet de diverses influences extérieures, les cellules de départ se différencient et, progressivement, se regroupent et se complètent mutuellement pour permettre à l’être humain d’être et de se développer. Tout au long de la vie, les expériences personnelles s’accumulent et font que les êtres humains se distinguent les uns des autres en ce qui concerne les connaissances et les compétences acquises, les langues et les dialectes parlés, les convictions religieuses et philosophiques, les personnalités, les préférences, etc. Il semble essentiel de réaliser que dans une situation de respect mutuel, les différences ne sont pas exclusives, mais bien complémentaires. Sur le plan sociétal, c'est la prise de conscience que nous faisons partie d'un tout et le soutien positif qui en découle qui permet d'aller de l'avant, et de bâtir une société responsable et tolérante.

On a parfois tendance à penser que le respect des différences linguistiques et cultuelles est un progrès sociétal très récent alors que ce n'est pas du tout le cas. L'histoire regorge d'exemples qui prouvent le contraire. On peut citer Rome et Cordoue, des villes qui ont excellé dans le développement de sociétés plurilingues et pluralistes par le passé, sans pour autant être parfaites. Dans ces deux villes, des citoyens de tout le pourtour de la Méditerranée et de contrées lointaines d'Asie et d'Afrique vivaient en paix, commerçaient, et partageaient leurs richesses culturelles, leurs connaissances scientifiques et, parfois même, leurs lieux de culte. Le respect de la diversité semble être inscrit dans la nature humaine. Cependant, cela demande certains efforts individuels et collectifs. C’est en particulier le cas afin de favoriser une compréhension réciproque et de développer un modèle sociétal durable.
Aucune personne, communauté ou société n'a jamais été et ne sera jamais parfaite, d'où la nécessité de se comprendre, soi-même et les autres, et de se soutenir pour pouvoir progresser tous ensemble.
[10] Jorge Mario Bergoglio, Pourquoi le seul futur qui vaut la peine d’être construit inclut tout le monde
https://go.ted.com/Cy5D  (vidéo, durée 17:52, en italien avec sous-titres en français)
[57] Matthieu Ricard, Plaidoyer pour l'altruisme
https://youtu.be/-BnSRVqKZ6g  (vidéo, durée 15:00, en français)

L’ignorance volontaire ou involontaire de faiblesses est souvent l'une des principales causes des problèmes rencontrés en tant qu'individu ou groupe de personnes. Ainsi, lorsqu’on pointe du doigt qui que ce soit ou quoi que ce soit, on doit être conscient qu'on pointe au même moment trois autres doigts dans sa propre direction. Un autre regard peut permettre de découvrir des faiblesses ou des points forts. L'avantage que peut comporter le fait d'avoir une perspective différente ne devrait pas être exploité pour humilier ou profiter des autres. Cela devrait plutôt être utilisé pour mettre en avant des qualités présentes et pour mieux discuter de solutions positives dans une situation problématique.
On peut avoir tendance à critiquer la société et, en particulier, "les autres" groupes d'individus parce qu'ils ne partagent pas certaines caractéristiques, comme la langue et les convictions, ou qu’ils ne correspondent pas à des idéaux avec lesquels on a grandi. Les critiques qui ne visent pas à améliorer les choses sont le plus souvent inutiles, et tendent à accentuer les difficultés et les tensions. D'autres approches plus constructives existent. Elles demandent en général des efforts personnels supplémentaires pour, par exemple, mieux comprendre les divergences d'opinions et rapprocher les points de vue, dans l'intérêt de tous.
[11] Jonathan Sacks, Comment nous pouvons faire face au futur sans peur, ensemble
https://go.ted.com/CyNw  (vidéo, durée 12:37, en anglais avec sous-titres en français)


3.2.5. La prospérité d'une région et la responsabilité qu'elle implique


Dans l'histoire de l'humanité, il y a toujours eu des parties du monde, des régions et des villes qui ont temporairement été avantagées grâce à une situation et à des atouts locaux plus en phase avec les besoins du moment. Aujourd’hui, une partie du continent européen est dans cette situation favorable. En Belgique, c'est le nord-ouest du pays qui est mieux placé sur le plan économique.
La concentration des ressources au sein d’une partie de la population, d’une partie du pays, ou d’un groupe de pays, semble aller de pair avec le devoir d’en faire usage avec sagesse. En cas d’abus de pouvoir, d’arrogance et de gaspillage, le fossé avec les autres individus et régions se creuse au fil du temps. Les effets néfastes qui en découlent s’étendent et prennent notamment la forme d’aides financières inefficaces, de tensions politiques régionales, nationales ou internationales, et de flux migratoires difficilement gérables.

Quelle que soit l’échelle, une situation de prospérité semble comporter la responsabilité temporaire d'entreprendre et de lancer de nouvelles initiatives pour soutenir un développement socio-économique durable, qui passe inévitablement par celui des régions voisines.

Par le passé, l'élite belge et le sud du territoire ont ignoré cette responsabilité. Ces négligences sont à l'origine de tensions encore d’actualité. Les fautes commises par le passé ne devraient cependant pas être répétées. Les générations présentes n’en sont pas responsables et n'ont pas à en payer le prix. Au contraire, en connaitre les conséquences constitue une raison de plus de s'investir dans des projets indispensables et bénéfiques pour l’ensemble de la population.




3.2.6. En résumé

La période de transition que nous traversons nous encourage à dépasser certaines tensions, et à nous rassembler autour de valeurs humaines partagées pour faire face aux changements. Il semble nécessaire de se concentrer sur l'adaptation des différents aspects de notre société, en ce qui concerne l'apprentissage par exemple, afin de pouvoir saisir les opportunités liées à la révolution technologique en cours et de façonner le monde de demain.

Connaissances, Aptitudes et Ressources ne devraient pas uniquement être vues comme des facilités pour une vie plus divertissante ou confortable. Elles représentent aussi une responsabilité temporaire envers les générations présentes et futures. Cette responsabilité implique une certaine sagesse en ce qui concerne l'utilisation de ce qui a été acquis, à la naissance ou au cours de la vie, afin de contribuer à un développement sociétal positif, partagé et ainsi durable.


* * * 

De nos jours, on n’est pas particulièrement royaliste. Cependant, face aux nombreuses initiatives prises ces dernières années par le couple royal de Belgique, on ne peut que souhaiter que cette énergie et cette sagesse perdurent, et que celles-ci soient transmises aux générations futures.
Le discours officiel du roi Philippe de Belgique du 20 juillet 2017 en est un exemple :
[58] Roi Philippe de Belgique, Discours Fête Nationale 20/07/2017
https://youtu.be/3JJERMA3lrk  (vidéo, durée 5:39, en français)


3.3. Questions pour poursuivre la réflexion

3.3.1. Quels projets socio-économiques devraient être privilégiés pour redynamiser le tissu social et économique du pays ?

3.3.2. Comment responsabiliser davantage les producteurs et les fournisseurs de contenus médiatiques (programmes télévisés, films, séries, jeux vidéo, etc.) quant à leur impact sur
la société ?



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