· Chapitre 1 : Introduction

Ce chapitre met en avant des difficultés et opportunités rencontrées aussi bien sur le plan national qu'international.


Je suis né en Flandre et j'ai grandi à Bruxelles où j'ai étudié et travaillé durant les trente premières années de ma vie. Comme de nombreux Belges, j'ai des origines étrangères. Cependant, je n'ai qu'une seule nationalité, c’est la nationalité belge. Celle du pays où je suis né, où j’ai grandi, où j’ai vécu des moments importants et où j'ai passé quasiment toute ma vie. En ce qui concerne le fait de posséder une nationalité secondaire par tradition ou pour des raisons administratives, je ne juge certainement pas les personnes qui sont dans cette situation. Pour ma part, la nationalité belge est la seule que je possède, et, surtout, c'est la seule qui me correspond, même si tout n'est pas toujours parfait à tous les niveaux.

Ces deux dernières années, j’ai occupé un poste de consultant en informatique en Suède, où j’ai pu réaliser, une fois de plus, le potentiel de développement exceptionnel de Bruxelles et de la Belgique en général. Cela n'a fait que confirmer ce que j'avais déjà constaté par le passé en voyageant dans différents pays d'Europe, d'Afrique, d'Asie et d'Amérique du Nord. Le monde entier reconnait ce potentiel unique. En Belgique, nous sommes parfois les seuls au monde à avoir du mal à en prendre conscience, enfer…més dans une spirale négative après avoir grandi au milieu de stéréotypes et de tensions régionales. Les possibilités de développement social et économique de Bruxelles sont étouffées par ces difficultés, et cela depuis trop longtemps. Les préjugés dégradants et les discours séparatistes réducteurs auxquels nous nous sommes malheureusement habitués en Belgique touchent tout le monde, femmes ou hommes, jeunes ou plus âgés, francophones, néerlandophones ou germanophones, de toutes origines, et de toutes convictions. Il semble indispensable de mieux comprendre les vraies causes, les conséquences et le coût humain de ces tensions, et de chercher à les dépasser. C’est l’une des raisons qui m’ont poussé à rédiger cet ouvrage.


1.1. Un potentiel à redécouvrir

Je n'ai pas eu la possibilité de visiter tous les endroits habités sur Terre, mais j'en ai néanmoins découvert des dizaines, différents les uns des autres, sur plusieurs continents. Je pense par exemple au modeste village népalais de Namche Bazar, perché sur les contreforts de l'Himalaya et où se croisent des randonneurs venus du monde entier ; à la métropole canadienne de Vancouver, réputée pour posséder l'une des meilleures qualités de vie (matérielle) au monde ; où encore à la petite ville portuaire norvégienne de Tromsø, enneigée, et éclairée par les aurores boréales durant les longs hivers sombres.
Dans tous les villages et toutes les villes que j'ai visités, j'ai été surpris par quatre choses auxquelles je ne m'attendais pas.
La première est que, partout dans le monde, la nature humaine fait qu'on est intéressé par ce qui est différent. De même, on a tendance à se comparer aux autres et à se plaindre du quotidien... des choses les plus complexes aux choses les plus simples, en commençant par le temps qu'il fait. Certains déplorent la pluie et le froid dans le nord de l’Europe quand d'autres se plaignent du soleil écrasant et de la chaleur étouffante dans le sud du continent ; c'est par exemple le cas à Malte, où de nombreux habitants vont jusqu'à rêver de fraicheur, de nuages et de pluie pour leurs vacances d'été !
La deuxième chose qui m'a étonné, c'est que, partout dans le monde, on rencontre des stéréotypes aussi bien négatifs que positifs sur les autres pays, et ces clichés sont parfois complètement à côté de la réalité.
En Belgique par exemple, on a tendance à croire, à tort, que la plupart des habitants d'Amérique du Nord et de Scandinavie ont une bien meilleure qualité de vie, ou encore que leur modèle sociétal est plus avancé... alors que ces mêmes personnes sont généralement convaincues du contraire.
Ce qui parait évident, c'est tout d'abord qu'il n'y a aucun pays parfait, ni même aucune ville. Chaque endroit du monde a ses faiblesses et ses points forts. Concernant ce sujet, il est intéressant d'ajouter que la combinaison des points forts du plus grand nombre semble permettre de mieux répondre aux faiblesses propres à chacun. Cela passe notamment par le développement de relations fiables basées sur le respect des droits humains, ainsi que par la mise en place de projets socio-économiques sous-jacents.
Il est aussi utile de préciser que la notion de qualité de vie est subjective. Pour certains, cela se limite à l'accumulation stressante de biens matériels éphémères. Pour d'autres, cela concerne l'accès à un large éventail d'activités culturelles ou sportives. Et, pour d'autres encore, une qualité de vie élevée est largement dépendante du niveau d'équité et de respect des différences linguistiques, religieuses, philosophiques, etc.
La troisième chose qui m'a interpellé, c'est le fait de rencontrer partout des personnes d'horizons très divers qui manifestent un grand intérêt pour la Belgique. Aussi bien pour ses spécificités que pour ses nombreux atouts, tels que son histoire, sa diversité, ses produits locaux, son enseignement universitaire, sa situation géographique unique au cœur de l'Europe, son riche environnement artistique et culturel... Ce point ne cherche pas à encourager un chauvinisme absurde présent dans certains pays, mais il vise plutôt à souligner le fait qu'à côté de difficultés passagères, il y a surtout de nombreux aspects positifs qu'on devrait mettre plus souvent en avant.
Pour finir, ce qui m'a également surpris, c'est que nous, en tant que Belges, avons souvent tendance à voir Bruxelles comme la capitale de notre humble Belgique, alors que le reste du monde voit cette ville comme la capitale de l'Union européenne et, par extension, comme celle du continent européen, l'une des régions du monde les plus avancées socialement, économiquement et scientifiquement. Bruxelles est bien à la fois la capitale de la Belgique et celle de l'Union européenne, deux entités à l'histoire récente, au mode de fonctionnement parfois complexe, et en pleine transition dans un monde globalisé. La différence de perspectives qui existe encore vient probablement du fait que les autorités, aussi bien belges qu'européennes, ont négligé les investissements dans le développement et la promotion de leur capitale. En Belgique, c'est principalement la conséquence des tensions régionales absurdes, que nous essayons d'oublier et qui refont régulièrement surface. Au sein de l'Union européenne, cela vient sans doute de l'absence de volonté de s'impliquer davantage dans la gestion de la capitale d'un État membre, même si cette ville est aussi l'hôte d'institutions centrales et l’un des principaux lieux de réunion. Des efforts semblent aujourd'hui nécessaires pour réaffirmer sur le terrain le statut unique de Bruxelles, ainsi que pour répondre à des changements mondiaux sans précédent. Ces efforts passent, par exemple, par de nouveaux investissements humains et financiers sur tous les plans ; l'enseignement, la formation continue, l'emploi, la promotion de la diversité culturelle, les programmes d'échanges internationaux, la recherche et le développement, etc.

Les organisations nationales et internationales, privées et publiques, présentes à Bruxelles, ont permis d'y attirer les meilleurs experts dans tous les domaines (économiques, scientifiques, sociaux, sécuritaires, politiques...) et de toutes les nationalités. Cela vient s'ajouter à une forte visibilité internationale en Europe et dans le reste du monde, à une population cosmopolite et plurilingue, et à une qualité de vie parmi les plus élevées, notamment en ce qui concerne l’accès à un enseignement supérieur avancé, aux soins de santé de qualité, aux diverses possibilités de carrières professionnelles... sans oublier le large éventail d'activités culturelles accessibles en français, néerlandais et anglais, parmi lesquelles les événements organisés tout au long de l'année, les concerts, les ateliers créatifs, les théâtres, les musées...

En plus de ces avantages, on peut mentionner que les deux siècles de l’histoire de la Belgique permettent de prendre conscience de ce qu'il peut y avoir de pire, mais surtout de meilleur dans l'humanité. Les fautes de son histoire récente permettent de mieux comprendre et de s’éloigner des pires dérives sociétales, telles celles qu'a connues l'Europe au cours du 20e siècle, à condition d’en expliquer leurs principales causes et le coût de leurs conséquences humaines, économiques et sécuritaires.
Comme exemples, citons actuellement l'aggravation de difficultés sociétales à cause de discriminations répandues dans l'accès à l'emploi, au logement et à l'enseignement (sur base du genre, des convictions religieuses ou philosophiques, de la langue nationale…), ou, par le passé, la francisation presque forcée d'une partie de la population, l'occupation du pays par le
s troupes nazies allemandes, et la colonisation belge en Afrique centrale. La compréhension du contexte, des causes et des conséquences de ces situations semble être d'une importance primordiale pour le développement d'une société plus responsable, tolérante et durable.



1.2. Des atouts à développer et des défis humains à relever

1.2.1. Population cosmopolite

Bruxelles a une population multiculturelle plurilingue et est située au cœur de l’Europe, dans une région du monde où les compétences avancées et les capitaux sont parmi les plus accessibles. La grande diversité et la forte concentration de la population dans cette partie du continent représentent aussi un atout exceptionnel ; avec dix millions de citoyens belges qui habitent à moins d’une heure de la métropole internationale, et plus de trente millions de citoyens européens de six pays différents qui peuvent s'y rendre en deux heures en transport public. C'est en particulier pour sa situation centrale et son rôle dans le développement de partenariats transfrontaliers après les deux Guerres mondiales que cette métropole a obtenu le statut de capitale de l'Union européenne.
À côté de ces atouts, et comme dans toutes les grandes villes du monde, existent des difficultés, certes, mais surmontables. Elles sont concentrées à certains endroits où les logements sont plus abordables, et où la densité de population est forcément plus importante et les revenus moins élevés. Ces endroits ont longtemps été délaissés par les autorités publiques. Toutes sortes de difficultés s'y sont développées au fil des décennies et devraient faire l'objet de projets socio-économiques significatifs et d'efforts de désenclavement pour améliorer la situation. Ces deux points semblent nécessaires pour offrir aux habitants, et à la société en général, de nouvelles opportunités de développement dans différents domaines, ainsi que pour réduire la pression sur les services publics (l'enseignement, la sécurité et la formation continue par exemple).

1.2.2. Marché de l’emploi dynamique

Le marché de l'emploi est développé, diversifié, et accessible aussi bien aux habitants qu'aux navetteurs venant de tout le pays.
Une des principales difficultés liées à cette situation est que, dans un marché de l'emploi aussi concurrentiel, certains candidats ont tendance à être anormalement désavantagés pour des raisons liées aux préjugés sur le genre, l'âge, la situation personnelle, certains handicaps physiques, la langue nationale parlée, les origines, et les convictions religieuses ou philosophiques. Ce fait peut accentuer des difficultés plus courantes comme des lacunes en matière de compétences ou de connaissances linguistiques.
Une autre difficulté, qui par contre se rencontre un peu partout dans le monde, est que l’enseignement est encore partiellement en décalage par rapport à l'environnement de changements complexes dans lequel les travailleurs évoluent. Des réformes sont en cours pour répondre aux nécessités actuelles, c'est-à-dire former des citoyens plus conscients de leurs qualités, capables de s'adapter plus aisément à de nouvelles situations et d’acquérir des connaissances et compétences tout au long de la vie. Ces besoins demandent d'intensifier les efforts pour améliorer le contenu et les méthodes d'apprentissage, aussi bien dans l'enseignement obligatoire que pour la formation continue. À l'heure de la mondialisation, il semble aussi indispensable de se concentrer sur le renforcement de compétences comme l’esprit critique, la créativité, l’entraide, l'indépendance dans l’apprentissage, le tout dans un environnement pluraliste et respectueux de la diversité.

1.2.3. Ouverture à l'international

L'ouverture à l'international qui caractérise Bruxelles permet d'y attirer les meilleurs professionnels et investisseurs internationaux. Ce point est aujourd'hui d'autant plus important que le monde est en pleine transformation. En effet, ce contexte renforce le rôle de Bruxelles sur la scène internationale, en particulier en ce qui concerne le développement de partenariats pour une meilleure collaboration et supervision dans des domaines essentiels pour l'avenir de l'humanité. Ces domaines sont très divers et comprennent par exemple la défense de la dignité humaine et l'apprentissage… ou encore les nouvelles technologies liées aux énergies propres, à l’aérospatial, aux réseaux de télécommunication sécurisés, à l’intelligence artificielle... qui vont littéralement transformer le monde au cours de la décennie qui approche.



* * *


Le temps qui avance est une source inépuisable de changements. Ces changements ont tendance à accentuer les incohérences et faiblesses existantes, et poussent à se surpasser pour pouvoir s'adapter et aller de l'avant. Cet ouvrage propose une série de réflexions en partant de ce besoin d'adaptation face au changement. Elles sont articulés sur l'axe "tendance à la régression" - "tendance au progrès", et visent à encourager une réflexion plus générale sur notre modèle sociétal en cette période de transition.
Les défis humains et technologiques sont nombreux. Dans un pays démocratique comme le nôtre, une révolution ne semble pas nécessaire pour répondre à cette situation. Des améliorations incrémentales, apportées de manière régulière, peuvent suffire à ajuster la trajectoire afin de s’orienter vers des modèles d'organisation plus responsable.

En ce début de millénaire, l'humanité a atteint un stade d'avancement qui lui permet de répondre à la plupart de ses besoins, des besoins élémentaires de tous aux besoins de découvertes de certains, et le tout dans le respect des autres. Il est essentiel d'en prendre conscience, d'en saisir les opportunités, et d'aller dans le sens d'une société tolérante et durable.


Ces deux derniers siècles, la priorité a été donnée à l'amélioration continue des technologies pour offrir de nouveaux moyens de production, de transport, de communication, etc. Cependant, certains aspects du système éducatif ont été négligés et nécessitent d'être mis à jour pour encourager un usage plus responsable de ces innovations. L'accroissement du stress au travail causé par une surcharge d'informations, le harcèlement en ligne, le vol de données, l'impact parfois dévastateur de campagnes de désinformation diffusées par les médias, et les addictions aux réseaux sociaux numériques et aux smartphones sont des conséquences indirectes de ces lacunes.
[13] Programme télévisé "PBS News Hours", Votre téléphone essaye de prendre le contrôle de votre vie
https://youtu.be/MacJ4p0vITM  (vidéo, durée 8:42, en anglais)

Pour remédier à cette situation, il semble indispensable d’encourager l'esprit critique, et de renforcer le développement personnel et professionnel afin de favoriser une utilisation plus saine des avancées technologiques. Diverses initiatives permettraient de répondre à ce besoin au travers de cours dans l'enseignement, de formations (pendant les heures de travail, en soirée ou le weekend), de stages, d’activités de volontariat, etc. Ce sera le thème du chapitre suivant.


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